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Le blog de andika

Articles avec #mahler tag

L’ONF enchante Eschenbach dans la 5ème de Mahler

15 Septembre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Concert, #Maison de la radio, #ONF, #Mahler, #Mahler5, #Enesco

Jeudi 14 septembre 2017 avait lieu à l’auditorium de la maison de la radio un concert dont le programme comprenait la symphonie concertante pour orchestre et pour violoncelle d’Enesco et la 5ème symphonie de Mahler. Œuvres interprétées par l’Orchestre national de France (ONF)  dirigé pour l’occasion par Christoph Eschenbach.

 

Je retrouvais l’ONF pour la première fois depuis le concert de Paris du 14 juillet, et c’était la première fois à l’auditorium depuis Novembre 2015 et un mémorable cycle Beethoven/Bartok.

 

Il est d’ailleurs marrant de constater pour la petite histoire que Eschenbach est l’ancien directeur d’une autre phalange parisienne, à savoir l’orchestre de Paris (2000-2010). Il n’a pas laissé un souvenir impérissable dans la ville si l’on en croit Christian Merlin et pourtant, on sent que ce chef est un passionné. Ce qu’il y a d’insolite dans cette situation, c’est qu’un directeur musical de l’orchestre de Paris dirige très rarement pour ne pas dire jamais un orchestre de radio France et vice et versa avec les directeurs musicaux du Philar et de l’ONF avec l’Orchestre de Paris. Mais une fois parti, tout est possible !

 

La symphonie concertante était une belle œuvre pour introduire ce concert, avec un public assez clairsemé malheureusement et pourtant. Cette composition recèle une telle douceur et le violoncelliste soliste, Truls Mørk était vraiment excellent. Tout cela monte peu à peu en intensité, mené par un Eschenbach tout en sobriété et une flûte solo qui se distingue. A noter un glissando démentiel du violoncelle dans le finale de l’œuvre qui a tout du saut vertigineux. Voici un compositeur trop peu joué et pourtant intéressant, une très belle découverte.

 

Puis après l’entracte vient le main event,   à savoir la 5ème symphonie de Mahler. Subitement, il y a beaucoup plus de monde dans la salle…

La marche funèbre initiale est prise dans un excellent tempo qui est vraiment adapté à l’ambiance que veut instaurer le compositeur, la trompette solo semble sortir d’outre-tombe avec son appel qui semble faire écho à la 5ème de Beethoven. Puis l’ONF commence à gronder avec l’irruption des cordes dans un tutti enivré. On sent Eschenbach commencer à s’agiter et à faire des gestes insensés. A un moment, il regarde dans ma direction et lance un regard intense aux premiers violons mais qui capte également mon regard, une vision assez terrifiant mais si captivant.

 

Le chef dirige par cœur, il est vrai que Mahler est un compositeur qu’il défend depuis de très nombreuses années. Cette marche funèbre initiale était vraiment excellente, les différents pupitres assez en forme, notamment les percussions et plus précisément les timbales.

Le II commence avec un ONF furieux, mais c’est bien l’indication de Mahler qui nomme ce mouvement Stürmisch bewegt, mit grösster Vehemenz (Orageusement agité, avec une grande véhémence). Les cordes sont incandescentes, notamment les violoncelles qui jouent le thème à un moment tout en dialoguant avec les bois. Les nuances sont gérées de manières très satisfaisantes. Et les coups de triangle étaient exquis.

 

Le Scherzo en revanche est un peu plus problématique, l’imprécision des cuivres ne peut plus être occultée. Les cors, si important dans ce mouvement ont peu à peu perdu le fil et n’ont pas maintenu l’excellence qui était présente au début. Pourtant, on ressent une certaine féérie, une certaine magie à l’écoute de ce 3ème mouvement. Et le hautbois solo commence à se démarquer de manière décisive. A noter le quatuor à corde qui a enfin l’occasion de briller un peu, (notamment Sarah Nemtanu, fantastique 1er violon solo), tant cette partition est phagocytée par les cuivres tout au long de cette œuvre. (C’était bien la peine de se ré-accorder juste avant le IV)

 

L’Adagietto est la grande réussite de cette soirée (hormis ce téléphone qui sonne juste au début pendant que l’orchestre joue pianissimo !). Les bois et les cuivres se taisent enfin et laissent place à toute la puissance évocatrice des cordes, il s’agit ici d’amour, un amour déclamé de Mahler à sa femme Alma à qui est dédiée cette œuvre. La harpe solo était parfaite, les nuances à tomber par terre. Ce passage passé à la postérité grâce au film Mort à Venise est la principale raison pour laquelle cette symphonie est connue. Même s’il ne s’agit pas forcément des pages les plus intéressantes de l’œuvre de ce compositeur, force est de constater qu’elles font leur petit effet.

 

Enfin le Rondo final qui renforce la féérie et la magie qu’on percevait déjà dans le scherzo. On soulignera seulement ici la qualité des clarinettes et hautbois solo qui ont été justes fantastiques. Cette œuvre se termine sur une note positive voire même naïve. C’est aussi une face de la personnalité de Mahler qui ne fait pas que dans le sarcasme. Et c’est aussi agréable de s’évader en évoquant l’amour ! Excellent concert.

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Rentrée tragique à la Philharmonie de Paris

7 Septembre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Concert, #Mahler, #Orchestre de Paris, #Philharmonie, #Daniel Harding, #Mahler6, #Purcell

C'est la rentrée ! Cela ne vaut pas que pour les écoliers ou pour les politiciens mais également pour l'orchestre de Paris. Qui dit rentrée dit concert d'ouverture de la saison, après avoir quitté l'orchestre sur une note mitigée la saison dernière.

Nous avons été gâtés pour le coup en ce mercredi 6 septembre 2017 avec au programme la musique pour les funérailles de la Reine Mary de Purcell et rien de moins que la 6ème symphonie de Mahler dite tragique.

 

L'orchestre fêtant ses 50 ans cette année, des événements privilégiés sont organisés afin de célébrer cet anniversaire. Avant le concert, nous avons eu droit à un petit moment de musique avec des musiciens de l'orchestre. La musique de Purcell qu'ils ont joué était une bonne mise en bouche. Didon et Enée puis Fantasia upon a ground de Purcell, ont permis à cette soirée de démarrer sous les meilleures auspices.

 

Mais rien de tel que l'orchestre au grand complet pour être rassasié avec son chef Daniel Harding en grande forme ainsi que le chœur qui était convoqué pour chanter en hommage à la reine Mary.

Pourtant, seuls une timbale, deux trompettes, deux trombones et un petit orgue assurent la partie instrumentale et dialoguent avec les chanteurs dans une musique intimiste, presque minimaliste. On déplorera le manque de clarté dans le chant mais toutefois, l'émotion de cet hommage funèbre est bien transmise. L'orchestre réduit à sa portion congrue jouait de manière claire et bien phrasée tandis que l'écrasante majorité des pupitres était réduite au simple rang de spectateur. Mais ce n'étaient que des prémices !

 

Tout d'un coup, le chœur s'en est allé discrètement après avoir dit Amen tandis que la musique de Purcell mourrait, puis subitement, les cordes se sont agitées et ont entamé la 6ème symphonie de Mahler attacca, sans laisser le temps au public d'applaudir la première performance. Quelle audace !

 

Mais choisir la 6ème symphonie de Mahler est déjà un pari audacieux. Ce n'est pas la plus jouée du compositeur et lui-même avait du mal à la diriger tant cette musique le bouleversait.

De l'audace également de faire dialoguer Mahler et Purcell mais au fil de l'avancée de la musique, cette audace s'est muée en évidence. Une musique funèbre dialogue en effet de manière éloquente avec la symphonie tragique, notamment dans la continuité de l'usage des cuivres et des percussions.

 

Ainsi le tempo vif, sans concession, très allant crée instantanément un choc tellurique dans les oreilles du spectateur. L'irruption de la caisse claire qui martèle le rythme fait entrer directement dans une autre dimension et nous saisit pour ne plus nous lâcher. Les attaques des différents pupitres, notamment les cordes, le phrasé ciselé par le bras d'Harding, l'intensité, les dynamiques du premier thème font de cet allegro energico le premier étage d'une fusée amenée à nous broyer.

Le thème d'Alma qui survient après n'est qu'un simple répit qui ne peut pas durer car la reprise du thème initial arrive très rapidement. Ainsi, les bassons et les hautbois s'illustrent de manière phénoménale. Les solos du cor, du violon, de la flûte et de la clarinette basse sont exquis et la battue régulière du maestro nous permet d'avancer sans encombre, sans perdre une miette (Ah ce tuba !). Dès ce premier mouvement, on se sent boxé, la violence de cette musique nous saisit et les choix radicaux du chef payent.

C'est pour cela que ce dernier opte pour l'Adante en deuxième position. Cette option avait déjà notre préférence avant le concert mais elle semblait de toutes manières s'imposer ici au vu du contexte. Il était inconcevable d'enchaîner directement avec le scherzo alors que la symphonie avait directement succédé à Purcell. Il fallait ici un repos que cet Adante nous a offert gracieusement. La tonalité initiale de mi bémol majeur vient un peu nous apaiser. Le hautbois parfaitement timbré remplit son office avec efficacité, les cordes enveloppent l'ensemble puis laissent la place aux clarinettes qui permettent à l'émotion de monter et de diffuser un sentiment de nostalgie qui tend à provoquer des larmes. Les harpes forment des ponts entre les différents pupitres toutefois, un bémol, les cloches sont un peu trop timides et ainsi ne permettent pas l'évasion. L'évocation de la solitude que ces dernières doivent susciter s'évapore quelque peu. Il faut de nouveau souligner un solo de basson absolument stupéfiant et enfin un dialogue entre les cordes et les clarinettes qui confine au sublime.

 

Maintenant que cet intermède de quiétude a été évacué, plus rien ne nous sera accordé. Aucune clémence, aucune issue. Pas de solution ou de délivrance. Simplement l'engrenage de ce Scherzo macabre. L'intensité du premier mouvement est redoublée, les clarinettes grincent comme jamais. Le spectateur est saisi aux tripes. Il est même possible de frôler le malaise tant cette musique prend possession des corps et des esprits, avec notamment ce xylophone diabolique. Ce Scherzo donne parfois l'impression d'être bloqué dans le  tambour d'une machine à laver en marche.

L'ironie glaciale de ce mouvement est tout bonnement effrayante mais surtout magnifique. Ces couinements de l'orchestre s'immiscent dans les têtes aidés par des nuances impeccables, parfaitement interprétées par l'orchestre.

 

Tout cela mène à un final qui ne résout rien. Avec des percussions de plus en plus assourdissantes et un thème qui semble tourner en rond dans cette anthologie de la forme sonate. Mahler célèbre la forme sonate, en fait le tour mais en expose également les limites et Harding s'amuse avec ce texte. Tout est construit et cohérent. Cette musique qui tourne en rond dans un cycle émacié ne fait que se diriger vers la violence des coups de marteau qui semblent nous renvoyer continuellement vers la défaite. Ces deux coups de marteau dévastateurs prennent le pas sur les pupitres héroïques, notamment les violoncelles qui ne déméritent pas et qui livrent une intensité de tous les instants mais à quoi bon ? À quoi bon tous ces solos, toute cette virtuosité alors que la porte se referme inlassablement et que la défaite est inévitable ? À quoi bon résister à l'inéluctable ? L'accord final semble poser cette question et le silence de mort qui a suivi la fin de l'exécution de la symphonie semblait être une réponse appropriée.

 

À quoi tient un concert réussi ? À des choix forts, à de l'audace, à de la surprise, de l'étonnement. Le fait de susciter des émotions, de faire vivre un instant mémorable. Ce soir-là, nous avons su que nous assistions à un grand concert en voyant ce micro tomber suite au premier coup de marteau puis en contemplant un morceau de la baguette du chef voler dans le ciel de la philharmonie de Paris. Définitivement un moment pas banal. Une claque.

Edit 13/09/17: D'autres avis sur le concert ici ici et ici.

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Song To Song: Une symphonie sensorielle

30 Juillet 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Cinéma, #Mahler, #Malick

Avant de parler du film à proprement parler, il est indispensable d'introduire cette critique par une petite présentation de la Deuxième Symphonie de Gustav Mahler intitulée Résurrection. On en entend le scherzo à deux reprises pendant Song To Song et cela a un sens.

Ce scherzo, noté sur la partition In Ruhig fliessender Bewegung (dans un mouvement tranquille et coulant) s'inspire d'un Lied dans lequel Saint Antoine fait un prêche aux poissons qui ne comprennent rien et qui le regardent avec des yeux stupides. Mahler indique lui même que ce mouvement évoque un "monde déformé." Personnellement, j'y vois une sorte de bal avec des convives qui ne savent pas danser.

Lorsqu'on connait cette musique et qu'on l'entend à deux reprises dans ce film, on ne peut que mieux comprendre ce qui se passe à l'écran. Terrence Malick est au cinéma ce que Gustav Mahler est à la musique. Mahler voulait créer tout un monde à chaque fois qu'il composait une nouvelle symphonie. L'ambition de Malick est similaire lorsqu'il réalise un nouveau film. Mais cela a parfois pour résultat l'incompréhension du public. Song To Song, soit on déteste, soit on adore. Il ne peut pas y avoir de demi mesure. Ne venez pas chercher ici un scénario, une histoire cousue de fil blanc, vous ne les trouverez pas. En revanche, vous éveillerez vos sens, presque tous hormis l'odorat qui est encore la limite du cinéma. L'ouïe bien entendu avec cette musique enivrante qui ne se limite pas à Mahler. La vue avec des images sublimes que Malick fait défiler devant nous, en filmant souvent caméra à l'épaule, parfois en cadrant en biais, en laissant ses comédiens hors champ pour mieux nous laisser contempler la nature, souvent de l'eau d'ailleurs pour en revenir au prêche aux poissons. Le toucher également est à l'honneur, cela passe par les acteurs qui se touchent constamment, avec douceur, lenteur, sensualité. Enfin le goût, ce sont encore les acteurs qui se goûtent, qui goûtent la musique, la vie, l'amour.

Cette histoire n'est pas compliquée. On a un premier couple Fassbender Mara, puis survient Gosling qui séduit Mara, on entre dans une sorte de triangle amoureux un peu plus complexe. Puis Portman arrive et est séduite par Fassbender qui ne chôme pas. On voit bien comment les couples se font et se défont au milieu d'un songe élégiaque baigné de musique et de nature. Fassbender nous refait un peu le même rôle que dans Shame, il est une sorte d'ombre qui emporte les autres personnages dans le fond, un spectre néfaste. Gosling nous refait du La La Land, toujours aussi lumineux. Mara me rappelle son rôle dans Effets Secondaires. En revanche, Portman est inclassable en blonde bien que sublime dans son jeu. Impossible de douter que Malick ait vu tous ces acteurs dans certains de ces films avant de les recruter.

Dans la dissolution de ces couples, on contemple également la dissolution du cinéma qui devient réduit à sa portion congrue. Malick ne s'intéresse qu'aux sensations, qu'aux émotions. Il cadre souvent ses acteurs de près, ne les lâche pas quand il est sur eux avec des plans très serrés. Mais à contrario, il semble également les négliger, il fait venir Igy Pop pour cinq minutes, nous montre un Val Kilmer totalement fou, une Cate Blanchet distante mais chacun apporte quelque chose sans toutefois être indispensable. Il se passe quelque chose, il est parfois difficile de définir quoi mais il se passe quelque chose. Pendant deux heures, on ne s'ennuie pas, on est emporté par le flot de la poésie de Malick. Malick, Mahler, une syllabe de différence mais tellement en commun dans leur art respectif. Ma dernière expérience de Malick au cinéma était Le Nouveau Monde, titre prophétique pour ce réalisateur qui crée effectivement des mondes dans ses films.

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Résurrection à la Philharmonie de Paris

25 Mai 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Concert, #Philharmonie, #Mahler, #Résurrection, #Orgue

Une fois de plus, la vie succède à l'horreur, ce concert était dédié aux victimes de Manchester. Sachant que Daniel Harding, le chef, est britannique et de surcroît supporter de Manchester United. Malgré la menace terroriste, il faut continuer à vivre comme l'a rappelé la maire de Paris, Anne Hidalgo.

Mercredi 24 mai 2017 avait lieu un concert à la philharmonie de Paris où l'unique œuvre au programme était la symphonie n°2 "Résurrection" de Gustave Mahler, interprétée par l'orchestre de Paris et son choeur dirigés par Daniel Harding. J'en garde une impression mitigée. Je vais m'en expliquer. J'attendais beaucoup de ce concert, sans doute trop. J'ai écouté cette œuvre à de nombreuses reprises, j'avais même assisté avec attention à l'enregistrement de la tribune des critiques de disques à son sujet récemment.

Je suis attaché à cette symphonie car c'est avec cette dernière que j'ai vraiment découvert Mahler. Enfin, avec la Totenfeier qui est un poème symphonique mais également le premier mouvement de cette symphonie. Et c'est à partir de là que les problèmes commencent. Trémolo des premiers violons, thème grinçant joué par les violoncelles, tonalité de do mineur bien installée, tempo vif. Ça commence très bien mais l'effet de surprise s'estompe vite. C'est le deuxième Totenfeier auquel j'assiste et ça me marque d'emblée moins que la première fois. Je trouve l'orchestre un peu distant, le fondu a du mal à se faire, je sens déjà poindre des problèmes sur certains pupitres d'instruments, notamment les bois. Toutefois, les contrastes et les dynamiques maintiennent l'ensemble et la lecture analytique de la partition de Daniel Harding permet de mettre en valeur l'orchestration. On sent les seconds violons en forme et ce ne sera jamais démenti. Et les percussions sont déjà là, brillantes, fondamentales, inestimables, indispensables, inoubliables. À la fin du premier mouvement, on est totalement entré et c'est à ce moment qu'il se passe une chose qui va nous faire sortir du concert. Mahler exige une pause après le premier mouvement tellement l'ambiance de cette marche funèbre diffère de l'Adante qui suit. On nous avait prévenu avant le début qu'il y aurait un moment de silence à la fin de ce mouvement. Les lumières ont été éteintes, l'orchestre est resté sur la scène pendant de longues minutes de recueillement puis la lumière a été allumée et les musiciens se sont de nouveau accordés. Si dans l'esprit, la volonté du compositeur a été respectée, dans les faits, on est sorti du concert. Soit on fait un vrai entracte soit on ne fait rien, cet entre deux a longuement gâté la suite de l'interprétation.

Arrive maintenant le deuxième mouvement. L'orchestre ne s'est pas remis dedans, le son est un peu lointain, encore un problème de fondu, l'émotion a du mal à monter. C'est difficile de se remettre dedans après la pause d'autant plus que les percussions sont moins sollicitées ici. Heureusement, les violoncelles et les contrebasses permettent de ne pas tomber dans la léthargie.
Le Scherzo est enchaîné assez rapidement avec deux coups de timbales assez brusques puis vient la grande déception de la soirée. La partie du hautbois qui est si importante à mon goût n'est pas à la hauteur, problème de timbre sans doute. L'ironie de Mahler est totalement absente. L'orchestre est trop sérieux, trop sage, trop bien organisé alors que justement, Mahler nous conte ici un monde désorganisé, ridicule, qui n'a pas de sens. L'orchestre semble trop bien jouer, chaque pupitre prenant la parole bien sagement sans déborder des cases. Le hautbois et le cor anglais, les clarinettes et bassons étant décidément trop neutres. Heureusement que les percussions sont là et maintiennent l'ensemble. Mais ce Scherzo n'était qu'un petit mauvais moment à passer, car à partir du 4ème mouvement, Urlicht, on est définitivement emporté.

En effet, l'entrée de la voix humaine change tout. L'alto Wiebke Lehmkuhl permet à l'ensemble de revenir sur les bons rails, l'émotion est enfin au rendez-vous. La partie instrumentale qui suit cette intervention est juste parfaite. C'est le passage le plus intéressant d'un point de vu purement musical pour un concert. Dynamiques changeantes, crescendos, percussions assourdissantes, contrastes. L'orchestre est manié avec dextérité par Daniel Harding pour notre plus grand plaisir, les solistes s'illustrent, notamment Vincent Lucas à la flûte et Roland Daugareil au violon. L'arrivée de la Soprano Christiane Karg se fait naturellement même si elle est un peu en retrait par rapport à sa collègue.

Et c'est déjà le moment du chœur, qui fait son apparition sur le mot Auferstehen (ressusciter), sur un pianissimo à faire fondre, à capella, assis. Les doutes du début s'estompent et on avance sereinement vers la résurrection finale. L'entrée tonitruante de l'orgue met tout le monde d'accord et permet d'aboutir à un véritable triomphe à l'aide du chœur enfin debout. Cet orgue domine tout l'orchestre, toutes les voix et permet une résolution emplie de grandeur qui apporte un vrai soulagement à toutes les problématiques qui ont pu être rencontrées. 

En conclusion, cette symphonie est tellement démesurée qu'elle est difficile à appréhender en un seul concert. L'écoute répétée d'une seule version en disque peut en troubler la réception en concert. Et à contrario, les parties que j'aime le moins et que par conséquent, j'écoute moins en disque sont celles qui m'ont le plus convaincu lors du concert. Entendre ces percussions en vrai, un simple triangle se démarquer, un xylophone se faire entendre, c'était vraiment inestimable. Pour avoir davantage d'informations sur cette œuvre, ça se passe iciIci et Ici.

Et je ne résiste pas à une petite revue de tweets concernant ce concert.

Edit: D'autres avis sur le concert ici, ici et ici.

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Au cœur de l'orchestre

19 Septembre 2016 , Rédigé par andika Publié dans #Maison de la radio, #Mahler, #Répétition, #JEP2016, #Philar

Cette année, à l'occasion des journées européennes du patrimoine, je me suis rendu à la maison de la radio le samedi 17 septembre afin d'assister à une répétition publique de l'orchestre philharmonique de Radio France, qui préparait pour le concert du 23 septembre une interprétation de la Symphonie Titan de Gustave Mahler. L'orchestre était dirigé par son directeur musical, à savoir le chef finlandais Mikko Franck.

Je suis un fan réent de Mahler, pendant longtemps, je n'ai pas osé y entrer mais depuis que j'ai écouté le Totenfeier en concert l'année dernière, je suis vraiment devenu fan. Sa musique est riche, belle, profondément humaine et parlante et elle nous touche au plus profond du cœur. Ses deux premières symphonies sont d'ailleurs mes favorites chez ce compositeur et font bien la synthèse de ce qu'il est.

Sa première symphonie, surnommée Titan est surtout connu pour le scandale qu'elle avait provoqué lors de sa création, à cause de son troisième mouvement qui s'amusaient à bousculer certains codes. Une contrebasse solo reprend en effet le thème de Frère Jacques en mode mineur, de manière enfantine, mais cette contrebasse joue dans le registre du violoncelle, cela crée un certain malaise qui est voulu puis le hautbois vient reprendre le thème et l'agrémente de petites facéties un brin moqueuses avant que le tutti ne vienne. A la suite se cela, presque sans transition, Mahler nous livre une danse juive, et c'est cette danse un peu folklorique qui n'est pas passé. En effet, à l'époque, on n'allait pas au concert pour entendre des danses populaires ! Pourtant, cela ne choque plus l'oreille de nos jours. Ce troisième mouvement est bien entendu teinté d'ironie, qui est omniprésente chez ce compositeur mais il est également d'une profondeur et d'une sensibilité rare.

Je suis allé à cette répétition justement pour entendre ce passage, je n'en n'ai pas eu une seule note ! Je dois bien avouer que c'était un peu frustrant mais compréhensible. Ce n'était pas un concert mais une séance de travail. Le chef n'était là que pour bosser des passages particuliers, mettre l'accent sur des choses qui lui importent dans la partition. Par conséquent, l'ensemble de l'oeuvre est loin d'avoir été jouée entièrement, on a eu presque la moitié et c'est déjà pas mal. Mais c'était tout de même une expérience fascinante qui m'a enrichi. D'une part, j'ai ressenti immédiatement que le chef savait parfaitement ce qu'il voulait. Malheureusement, je n'entendais pas bien ce qu'il disait, étant un peu loin de la scène mais je me souviens bien d'un passage qu'il a fait reprendre aux premiers violons, il leur demandait de jouer en souriant, que le passage devait faire sourire. Mikko Franck est d'ailleurs violoniste, on sentait une complicité évidente avec ce pupitre. Il s'exprimait en anglais et le premier violon servait parfois de messager pour les autres musiciens. Autre instant fascinant, c'est lorsque le chef a fait jouer les seconds violons tout seul. Le son sorti n'avait ni queue, ni tête. Oui, les seconds violons ont une fonction de support principalement, mais c'était bien drôle de les entendre nus. Il ne faisait jamais reprendre un passage plus de trois fois, évitant ainsi de susciter la lassitude des musiciens.

On sentait vraiment la différence entre avant et après l'intervention du chef, c'était très intéressant. La répétition a duré près d'une heure et le chef nous a dit à la fin que deux ou trois autres séances seraient nécessaires afin qu'ils soient prêts pour le concert.

En tout cas, cette répétition a répondu à mes attentes et était conforme à ce que j'avais pu lire auparavant à propos.

Voici le Titan en entier, avec un Abbado habité !

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Philharmonie 1

8 Octobre 2015 , Rédigé par andika Publié dans #Concert, #Autre, #Philharmonie, #Classique, #Musique, #Liszt, #Mahler, #Orchestre de Paris

Je continue mes pérégrinations culturelles sur ce blog pour vous conter ce concert auquel j’ai assisté le mercredi 7 octobre 2015 à la philharmonie de Paris. Il ne s’agit plus tellement de cinéma comme je le définissais dans la description de mon blog mais au final, ce n’est pas grave car c’est moi qui commande !

Ah, la fameuse philharmonie ! J’y ai enfin mis les pieds après tout ce temps, près d’un an qu’elle a ouvert ses portes. J’avais manqué le coche pour les abonnements de la saison précédente mais cette fois-ci, j’ai été assez réactif. Par conséquent, j’ai trois concerts à mon agenda, le premier était celui d’hier.

Jusqu’à présent, je ne connaissais de la philharmonie que les polémiques avec son architecte, les polémiques relatives au public de Pleyel qui ne se déplacerait pas aussi loin, les articles acidulés du canard enchaîné qui ne manquaient jamais de rappeler à quel point c’était un gouffre financier et de quelle manière l’édifice était inachevé mais aussi un peu de ce que m’en disaient mes amis qui avaient eu la chance d’y aller.

Finalement, une fois sur place, je n’ai pas trop été étonné. On voit bien que tout n’est pas vraiment terminé mais toutefois, la salle est vraiment fonctionnelle et très belle, l’acoustique est extraordinaire et franchement, on ne peut pas regretter Pleyel après y avoir goûté ! Alors oui, c’est à porte de Pantin, dans le nord de Paris mais personnellement, ça me change peu de choses pour moi qui viens du sud de Paris par rapport à l’emplacement de la salle Pleyel.

Le concert en lui-même était vraiment génial. Quatre œuvres que je ne connaissais absolument pas étaient au programme. Le Chasseur maudit de César Franck, le premier concerto pour piano de Franz Liszt, le Concerstück pour harpe et orchestre de Gabriel Pierné et enfin le Totenfeier de Gustav Malher. Donc deux concertos et deux poèmes symphoniques. Deux compositeurs que je connais un peu, deux que je découvre, allons-y !

Le chasseur maudit, César Franck

Cette musique raconte une histoire et elle le fait plutôt bien. L’orchestre est dirigé d’une main de maitre par James Gaffigan qui semble vraiment dans son truc. Je l’ai vu taper du pied assez fort à un moment, il était vraiment agité ! Pour une mise en jambe, c’était vraiment top ! Le genre du poème symphonique est vraiment très intéressant pour les concerts, ce ne sont pas des pièces trop longues et elles permettent de se mettre dans l’ambiance. Cela permet aussi de joindre à la musique d’autres sources d’inspiration et ainsi de s’élever, de s’enrichir.

Concerto pour piano n°1 en mi bémol majeur, Franz Liszt

Alors celui-ci, c’est ce qui m’a fait choisir ce concert. Je savais de longue date que Liszt était un pianiste virtuose (et beau gosse, d'ailleurs il y avait une grande photo de lui sur la couverture de la partition du chef d'orchestre), compositeur prolifique mais je n’avais jamais écouté son concerto pour piano. Je connaissais bien la fameuse rhapsodie hongroise (n°2 en do # mineur) Tom et Jerry, et je m’amusais souvent à regarder des vidéos sur YouTube de pianistes s’essayant à ses études d’exécution transcendantes (elles font souffrir le pianiste en général).

De plus, le soliste était Bertrand Chamayou (autre beau gosse). Je ne l’avais jamais écouté jouer mais j’avais lu un papier sur lui dans libé l’année dernière qui m’avait marqué. L’article s’appelait assignés à résilience, c’était le portrait croisé de trois personnes qui avaient eu une épreuve assez difficile dans leurs vies et tout cela était mis en perspective avec le deuxième mouvement du concerto pour piano n°2 de Rachmaninov qui est un exemple saisissant de résilience justement. Chamayou a souffert de dystonie, autrement appelée la maladie du pianiste, il était devenu incapable de jouer et il a du réapprendre tout du début. Et c’est là que je m’en veux d’être parti trop rapidement après le concert, il était resté pour des dédicaces mais on m’avait fait mettre mon sac au vestiaire à cause de Vigipirate, je ne connaissais pas bien le bâtiment, en suivant les gens, je m’étais tout d’abord retrouvé dehors. J’ai du retourner sur mes pas, entrer de nouveau dans le bâtiment tant bien que mal pour récupérer mon précieux sac, ensuite je suis parti sans prendre mon reste, il était déjà bien tard.

L’œuvre en elle-même est majestueuse, elle met le soliste à rude épreuve et pour un mec qui ne pouvait plus jouer, Chamayou s’en est sorti comme un chef. C’est du niveau des études d’exécution transcendantes les plus difficiles. Que de virtuosité, que d’effets mais également de beaux moments de grâce, d’harmonie, de calme. En tout cas, le piano est à l’honneur dans cette pièce et puis ce mi bémol majeur, je l’aime tellement. Il m’évoque le pain d’épice, le miel, c’est une tonalité festive, joyeuse. Au final, ce concerto m’a amené à ce concert et il a répondu à mes attentes.

Après une ovation bien méritée, Bertrand Chamayou s’est bien fait désirer pour faire un rappel. Mais ça valait le coup, il nous a joué un lied de Schubert repris par Liszt intitulé Auf dem Wasser zu singen (chanter sur l’eau pour ceux qui ne parlent pas allemand). Et c’était magique. Vraiment, ce lied était d’une beauté, je l’ai même préféré au concerto !

Concertstück pour harpe et orchestre, Gabriel Pierné

Je n’avais pour ainsi dire jamais véritablement écouté de harpe, c’était la bonne occasion de la faire. A la base, on devait assister à la création d’une œuvre dont le soliste, Xavier de Maistre était le dédicataire mais le compositeur n’a pas eu le temps de terminer sa partition à temps ! C’est bien dommage, j’étais trop fier de dire à mes potes que j’assisterai à une création mondiale mais tant pis.

Ce Concertstück n’était pas mal du tout, la hapre n’est jamais étouffée par l’orchestre et je trouve cela prodigieux et puis, ça m’a fait penser à une bonne amie à moi qui joue également de la harpe.

Totenfeier, Gustave Mahler

Un poème symphonique pour commencer, un poème symphonique pour terminer, on boucle la boucle. Mahler, je connaissais de nom, ça me semblait trop complexe, trop inaccessible. J’avais essayé d’écouter une ou deux fois sans trop insister. Grave erreur. J’ai découvert que je pouvais aimer Mahler et apprécier sa musique à sa juste valeur et que je n’avais plus à le fuir. La source d’inspiration de cette œuvre est la mort, mort qui entoure le compositeur qui a perdu de nombreux proches, ainsi le do mineur initial se comprend (et s’entend) bien. C’est une sorte de marche funèbre mais en moins triste. Beaucoup de force et de percussions ici. Un thème envoutant que j’ai sifflé sur le chemin du retour. Vraiment, une belle découverte. Certains spectateurs se sont fait avoir et on voulu applaudir un peu trop tôt alors que le morceau n’était pas fini, ça m’a beaucoup amusé !

Conclusion

J’ai hâte d’aller à mon prochain concert qui n’est pas avant février malheureusement mais bon, pour patienter j’aurai l’auditorium de la maison de la radio ainsi que mes nombreux CD !

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