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Le blog de andika

Articles avec #documentaire tag

OJ Simpson Made in America: Histoire d'une folie collective

14 Juillet 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Cinéma, #Documentaire, #OJ Simpson

OJ Simpson made in America a remporté l'oscar du meilleur film documentaire en 2017 et ce n'est que justice. Ce film est indispensable, surtout pour nous qui ne sommes pas américains. Et pourtant, que pensons-nous ignorer de cette affaire ? Cette course poursuite incroyable en direct devant près 100 millions de téléspectateurs ? Ce gant qui ne va pas à l'accusé ? Ce fameux enquêteur raciste ? Voilà ce que je savais déjà personnellement de ce procès. Ce sont des éléments importants, certes, mais ce ne sont que des détails car ce procès mettait en mouvement des choses beaucoup plus grandes, beaucoup plus profondes que les simples faits incriminés.

Ce film est indispensable car on en apprend beaucoup. Même près d'un siècle après la présidence d'Abraham Lincoln, les Etats-Unis sont encore un pays divisé sur la question raciale. Malgré la fin de l'esclavage, les Afro-Américains continuent à subir des traitements différents de leurs compatriotes blancs. Même à Los Angeles, en Californie, Etat qui n'était pourtant pas connu pour être confédéré ou ségrégationniste.

Avant d'entrer dans le vif du sujet OJ Simpson, c'est ce contexte qui est relaté. En revenant notamment sur les émeutes de Watts, sur l'agression de Rodney King par des policiers suivi de leurs acquittements, le meurtre de Lakeshia Combs, adolescente de 15 ans, par une épicière qui ne sera pas condamnée à de la prison ferme... Et j'en passe.

Ce contexte étant posé dans les deux premiers épisodes, on comprend beaucoup mieux comment ce procès a pu aller dans ce sens. On comprend mieux aussi pourquoi l'élection d'Obama n'a rien réglé, tellement les antagonismes sont profondément ancrés dans cette société. On comprend mieux certaines réactions, notamment récemment sur les réseaux sociaux suite au décès d'Otto Warimber. Il s'agissait d'un jeune étudiant américain qui a été enfermé en Corée du Nord. Sur Facebook, j'ai lu de nombreux commentaires d'Afro américain dire qu'il était trop habitué à ses privilèges de blanc et qu'à l'étranger, il devait se tenir à carreau. Avant même de penser à l'injustice dont il avait été victime, ils pensaient à ses fameux white privileges... Mais quand on regarde ce film, on s'aperçoit que le système judiciaire américain peut être aussi inique que le système nord coréen, surtout envers les noirs.

Chacun des cinq épisodes amène sa pierre à l'édifice. On retrace tout d'abord le parcours d'OJ et on comprend sa célébrité et sa cote de popularité. On remarque également qu'il ne s'était pas engagé pour les droits civiques dans les années 1960, contrairement à Ali par exemple. Le réalisateur interroge également de nombreux protagonistes. Avec le recul, leur témoignage est précieux et nous éclaire. Toutes les opinions s'expriment dans ce film, que ce soit la police, des militants des droits civiques, des amis d'OJ, des membres du jurys, les avocats de la défense, le ministère public ou les familles des victimes.

Les victimes justement, on constate que ce sont un peu les grandes oubliées de cette histoire. Ce qui n'aurait du être qu'une tristement banale histoire de violences conjugales s'est mué en débat de société sur le racisme, les droits civiques et le climax de tensions raciales exacerbées depuis près de deux siècles dans ce pays. Pourtant, la célébrité d'OJ aurait pu permettre une prise de conscience sur ce fléau des violences conjugales qui est certainement encore plus répandu que le racisme.

Il est d'ailleurs dommage que OJ Simpson soit devenu le symbole de la lutte des droits civiques et contre les violences policières envers les noirs car il ne s'était pas engagé auparavant alors qu'il aurait très bien pu le faire. Sa chute pathétique à la suite de son acquittement montre d'ailleurs à quel point il était indigne du soutien qu'il a reçu.

Plus que l'affaire d'OJ, il s'agit ici de l'affaire des Etats-Unis. Près de 25 ans après, et malgré Obama, il s'agit toujours d'un pays où j'hésiterais toujours à deux fois avant de m'y rendre en tant que noir.

Pour conclure, je vais vous livrer une anecdote personnelle. En 2005, je me suis rendu aux Etats-Unis pour un voyage linguistique d'été. Il s'agit encore pour moi de mon seul voyage dans ce pays à ce jour. Etonamment, l'organisme a eu quelques difficultés à me trouver une famille d'accueil. Une fois arrivé sur place, j'interrogeai mes camarades de voyage afin de savoir si pour eux aussi, l'organisme avait eu du mal à dénicher une famille. Aucun souci pour eux. Ils avaient la particularité d'être tous blancs. Et bien entendu, chacun d'eux avait une famille d'accueil blanche. Pour ma part, j'ai finalement eu une famille d'accueil qui était bien entendu une famille noire. Ca se passait en Virginie, en 2005. La personne chargée de trouver les famille d'accueil ne pouvait pas concevoir qu'un jeune noir passe ses vacances chez des blancs. Toutefois, pour la petite histoire, je suis tombé dans la meilleure famille que j'aurais pu imaginer. Il s'avère qu'il s'agissait de français comme moi, et que le père était blanc et que la mère était noir. Je les considère encore comme ma famille aujourd'hui.

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Nous venons en amis ou le colonialisme au XXIème siècle

21 Septembre 2015 , Rédigé par andika Publié dans #Cinéma, #Documentaire, #Soudan, #Sauper, #Colonisation, #Décolonisation

Nous venons en amis est un film utile. Il nous montre des choses que l’on pensait révolues. Des choses appartenant à un passé assez lointain, genre la décolonisation de la seconde moitié du XXème sicle sans même parler d’autres choses, comme les missionnaires qui viennent évangéliser tout ce qui bouge et surtout ceux qu’ils considèrent être des personnes primitives.

L’action se déroule au Soudan, pays fascinant, richissime au niveau des matières premières mais dont les habitants vivent dans une extrême pauvreté.C’est un pays vraiment extraordinaire le Soudan. On a appris il y a quelques années qu’il était même maintenant séparé en deux Etats, le Soudan du Nord et le Soudan du Sud. Cette scission s’est faite apparemment sur des motifs religieux, au nord les musulmans, au sud les chrétiens mais à peine séparés, voici que ces deux voisins se font déjà la guerre.

C’est à ce moment que l’adage diviser pour mieux régner s’applique implacablement car toutes ces divisions sont excitées par les occidentaux. Au cours de son périple, le réalisateur Hubert Sauper le montre bien. A bord de son avion improbable, il va à la rencontre des locaux, rencontre des officiels, des responsables de multinationales et les laisse parler. L’occidental est soit arrogant, soit cupide. L’africain est souvent lucide mais certains, notamment les responsables politiques, sont absolument hors propos.

L’arrogance occidentale s’observe le plus chez les missionnaires qui viennent évangéliser le Soudan. C’est juste effrayant de voir ses personnes armées de leurs bibles amener la bonne parole, tout en étant bardés de certitudes irrévocables sur la divinité et ce qu’est le bien est le mal. Quel contraste avec ces enfants nus qui ne demandent rien à personne si ce n’est que de continuer à gambader librement. Cet évangélisme, je le pensais révolu et il est pourtant encore présent au XXIème siècle. Cela donne l’impression de revivre la fameuse controverse de Valladolid

Arrogance qui se trouve également chez le diplomate américain qui pense amener figurativement et littéralement la lumière en Afrique.

Arrogance enfin chez ces businessmen qui ne cachent absolument pas leur cupidité mai prennent soin de l’accompagner de la volonté d’aider au développement du Soudan alors qu’il est clair que cela n’entre absolument pas dans leurs préoccupations.

Chez les africains transparait un grand sentiment d’impuissance. Comme pour ces jeunes filles qui sont persécutées à l’école parce qu’elles mettent leurs habits traditionnels. Comme ces gens qui vivent sur un cimetière. Comme ce chef de village qui se fait entuber par une multinationale et qui commence à subir tous les effets délétères d’un contrat qu’il n’a même pas signé.

En plus de l’impuissance, il y a également de l’inconséquence, comme ces politiciens qui vendent le sous sol pour une bouchée de pain, où ces agriculteurs qui ne souhaitent qu’être inféodés aux occidentaux.

Le topo de ce film était très enthousiasmant, au final, il y a de la qualité mais cela ne répond pas forcément à l’idée qu’on pouvait se faire du film en lisant la presse ou en écoutant les propos de son auteur.. C’est parfois un peu confus mais toujours authentique. C’est tout de même un film qui compte même s’il est projeté dans très peu de salles.

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