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Le blog de andika

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Mikko Franck conduit l'Orchestre Philharmonique de Radio France à la Résurrection

11 Novembre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Concert, #Mahler, #Philharmonie, #oprf, #philhar, #Radio France

Vendredi 10 novembre avait lieu à la Philharmonie de Paris un concert de l'Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par son directeur musical, Mikko Franck. Le programme comprenait la Symphonie n°2 en do mineur, Résurrection de Gustav Mahler et rien de plus. Mais la deuxième de Mahler se suffit à elle même, et comble amplement les besoins en musique du mélomane averti. Il s'agissait de la seconde tentative cette année après celle mitigée de l'Orchestre de Paris en Mai.

D’emblée, il nous faut avouer que nos impressions sont beaucoup moins mitigées aujourd'hui après la lecture faite par Mikko Franck. Bien entendu tout n'a pas été parfait car la perfection n'existe pas, là une petite imprécision, là carrément une fausse note, ou là des solistes un peu décevantes, là un chœur qui n'entre pas exactement pianissimo comme il le devrait. Oui nous avons entendu tout cela mais ça ne pesait guère face à l'incroyable enthousiasme du chef ! Quelle imagination, quelle inventivité. Franck est connu pour diriger assis, sa chaise était même sur son pupitre mais dès les premières mesures de la Totenfeier, il était déjà debout, en bas de son estrade au plus près des musiciens, mu par une force incroyable, il insufflait son énergie qui se répercutait sur l'ensemble des pupitres. Tout cela passait par une gestion parfaite des nuances et dynamiques, des courbes bien dessinées, des sons réfléchis. Des rubatos bien sentis, des accélérations, des ralentis, tout était tellement inspiré. Bien entendu, Franck n'était pas seul, bien au contraire, il était souvent placé au plus près des cordes, pupitres qui ont été irréprochables durant toute cette soirée.

Malgré le très large effectif de cet orchestre bibendum chez Mahler, l'écoute mutuelle et la complicité des musiciens étaient à leur comble dans une ambiance quasi chambriste qui étonne beaucoup dans cette musique mais qui est du plus bel effet. Cela se traduisait le plus aux bois. La subtilité de la direction de Franck s'incarnait dans le premier mouvement par un début excellent avec un merveilleux crescendo, une polyphonie magique, un tempo modéré pour un Allegro mais qui fonctionne car très subtile, construit. Les phrases vivent et ont une cohérence. Même si le premier mouvement est une sorte de marche funèbre, le premier mot qui vient à l'esprit est l'envoutement. Le texte est décortiqué et épuré, de sorte qu'il n'y en a jamais de trop.

L'étonnement continue dans cet Andante qui contrairement aux attentes avance allègrement en sautillant, en bondissant, en chantant. L'attention portée au contrechant des cordes basses, ces notes en pizzicati qui swinguent ! Une espèce de féérie s'empare alors de l'auditoire pour mieux être frappée par ces coups de timbale initiateurs du fameux Scherzo. In Ruhig fliessender Bewegung...Tempo très vif, sarcastique, des bois colorés, notamment aux clarinettes et au hautbois, mention spéciale à Olivier Doise, merveilleux hautbois solo avec un timbre si séduisant. L'arrivée de la Mezzo, Ekaterina Gubanova amène un peu de gravité dans cet Urlicht. Une belle diction mais un timbre pas assez chaleureux et à l'encontre de la lumière originelle scandée et pourtant, cette voix se marie tellement bien avec le hautbois solo.

Enfin ce mouvement final. Cette cinquième partie cosmique qui nous fait passer par tous les états. Cette véritable fanfare dans la coulisse à laquelle répond celle présente sur scène avec ces cuivres magnifiques. Ces percussions variées, notamment cette grosse caisse qui résonne dans le ciel de cette philharmonie. Ces fortissimos qui ne saturent pas et qui restent parfaitement intelligibles. L'élan est constant, le dialogue entre les musiciens et leur écoute mutuelle au maximum. Et enfin ce Chœur de Radio France avec des graves magnifiques. Oui, il n'entre pas pianissimo mais quelle conviction, notamment lorsqu'il scande "Was vergangen, auferstehen !" (Ce qui a disparu doit renaître). Ou cette merveilleuse Dorothea Röschmann, soprano solo si poignante et convaincante lorsqu'elle nous dit "Hast nicht umsonst gelebt, gelitten !" (Tu n'as pas vécu, souffert pour rien). Enfin cet orgue qui se fond parfaitement à l'ensemble tout en se faisant entendre. Encore de l'équilibre dans ce final qui implique pourtant tellement de musiciens. Une épure, une émotion manifeste, une joie surtout, en un mot, une résurrection !

NB: Le concert sera diffusé le 15 décembre 2017 sur France Musique

 

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Le piano à la sauce Russe à la maison de la radio

6 Novembre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Concert, #piano, #Récital, #Russe, #Russie, #Maison de la radio

1917-2017, la révolution Russe a 100 ans et cela inspire les programmes musicaux de la maison de la radio cette saison. Le week-end dernier, pas moins de 6 récitals étourdissants étaient programmés à l’auditorium et au studio 104. Ils avaient la particularité de faire entendre des pianistes russes dans un répertoire 100% russe. Inutile de souligner que les œuvres données sont rares et qu'il s'agissait d'une opportunité à saisir.

Répertoire qui sort des sentiers battus mais qui n'est pas dénué d'intérêt tant les compositeurs russes fascinent. Moi-même, je n'ai eu que des profs de piano russes. J'ai personnellement assisté à deux récitals, même si j'en avais prévu trois à la base. Celui du dimanche 11h n'a pas survécu à ma folle soirée de la veille...

J'ai donc découvert Yury Favorin et Lilya Zilberstein. Le premier au studio 104, la seconde à l'auditorium que je connais bien. Ces deux salles étaient aux 3/4 vides et c'est bien dommage. Mais je dois bien avouer que si je n'avais pas bénéficié de places gratuites, il y a de grandes chances que je ne me sois pas déplacé.

Yury Favorin, je découvrais et j'ai été conquis. J'ai surtout apprécié la Grande suite pour piano op.6 de Gavriil Popov qui me rappelait le style des suites de Bach mais en plus moderne. Le thème initial était entêtant. L'ensemble alternait entre recueillement, romantisme et puissance, on sentait la maitrise du pianiste. La fugue finale était prodigieuse et reprenait le thème du premier mouvement. Le pianiste était très rigoureux, faisait bien ressortir le contrepoint. En revanche, le Feinberg m'a moins marqué.
L'autre morceau que j'ai beaucoup aimé, c'était 4 études pour piano op.2 de Serge Prokofiev. Quelle écriture audacieuse, quelle richesse. Vraiment un grande découverte pour moi. J'ai pourtant toujours été attiré par les compositeurs russes mais je dois avouer que ma curiosité n'était jamais allé jusqu'à leurs compositions pour piano. Et pourtant, toutes mes profs de piano ont été russes !

Le deuxième récital auquel j'ai assisté était celui de Lilya Zilberstein à 16h dans un auditorium au 3/4 vide... J'ai moins aimé son programme même si la sonate de Chosta était intéressante, notamment dans l'usage des graves. J'ai un peu piqué du nez pendant les six moments de Rachmaninov mais j'ai apprécié la Sonate pour piano n°3 en fa dièse mineur op.23 de Scriabine. J'étais étonné sinon, la pianiste ne ressemblait pas beaucoup à sa photo du programme.

Au final, j'ai découvert de nombreuses oeuvres de compositeurs que je connaissais déjà et j'ai découvert des compositeurs que je ne connaissais pas ! Tout bénef !

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Joyeux anniversaire à l'Orchestre de Paris !

2 Novembre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Concert, #Orchestre de Paris, #Philharmonie, #anniversaire, #50ansODP

Ca annonce la couleur dès qu'on arrive !

Ca annonce la couleur dès qu'on arrive !

Mercredi 1er et Jeudi 2 Novembre 2017, l'Orchestre de Paris fête ses 50 ans à la Philharmonie de Paris. Quel bel âge !

On se souvient par exemple de l'anniversaire de ses 30 ans qui avait déjà été fêté en musique à la Salle Pleyel.

Le programme des 50 ans était tout aussi festif que cet extrait mais toutefois, le chef Daniel Harding est resté diriger tout le long contrairement à son prédécesseur Semyon Bychkov il y a 20 ans. La soirée bien que festive, est restée sérieuse. Il s'agissait d'un vrai concert avec une programmation très dense. En effet, la Sinfonia de Berio allie l'esprit festif mais également tout ce qu'il peut y avoir de sérieux dans la musique et Daniel Harding ne s'y trompe pas. Il est parvenu à garder toute sa rigueur dans une musique qu'il est possible de qualifier de high concept. Le son vient vraiment de partout et le chef parvient à faire tout entendre. Que ce soit les voix des chanteurs, où tous les instruments de l'orchestre, l'ensemble est très clair et avance de manière cohérente. Ainsi, le III, In Ruhig fliessender Bewegung pour citer la 2ème symphonie de Mahler dont s'est inspiré Berio a été un très grand moment où l'orchestre tentait d'imposer la musique de Mahler à des voix récalcitrantes. Tout cela était un collage fascinant avec des effets vraiment bien pensés. Pour citer un des chanteurs, Thank you mister Harding !

 

London voices après la Sinfonia

London voices après la Sinfonia

Le temps de changer le plateau avec les 100 métronomes de Ligeti, Jorg Windmann s'est invité dans les hauteurs de la Philharmonie afin de nous jouer sa fantaisie pour clarinette. Que de virtuosité, que de beauté du timbre, que de chant, que d'effets qui profitaient à plein de la réverbération fantastique de la grande salle. Cette pièce nous fait vraiment découvrir l'étendue des possibilités de la clarinette.

Puis a succédé ce qui a sans doute été le grand moment de ce concert, à savoir la symphonie de Psaumes de Stravinsky, chantée par le chœur de l'orchestre de Paris. Que d'émotions, bien entendu grâce à la musique et aux paroles de Stravinsky mais aussi aux choix d'interprétation du texte. Le chœur qui chantait de mémoire, sans partition, les paroles qui s'affichaient à l'écran afin que nous puissions comprendre tout le sens de la musique. Le mariage de timbres grinçants avec la voix humaine (ce basson, ce hautbois, ce cor anglais). Le phrasé très articulé, séquencé de l'orchestre, ce contrôle, cette maitrise de la partition, ces attaques tranchantes, ces tempi soignés, cette battue régulière, cette ambiance pieuse instaurée. En un mot, cette symphonie de psaumes était céleste et nous a laissés sans voix. Le public ne s'y est pas trompé en restant silencieux un petit instant après la fin du morceau.

Lionel Sow (chef de choeur) et Daniel Harding, ovationnés après la symphonie de psaumes de Stravinsky

Lionel Sow (chef de choeur) et Daniel Harding, ovationnés après la symphonie de psaumes de Stravinsky

Après ces élans mystiques, le côté festif est revenu en force avec la création mondiale de Au cœur de Paris de Jorg Windmann. Cette oeuvre, spécialement composée pour l'occasion était tout simplement une déclaration d'amour à la ville de Paris, à ses rue, à son folklore, sa tradition, sa musique, son orchestre. On reconnaissait tel quartier en entendant une citation d'Offenbach. On se remémorait tel souvenir en entendant une citation de d'Edith Piaf. Quel plus bel hommage pouvaient recevoir la ville et son orchestre ? Toute la fièvre parisienne était dans cette musique. Le compositeur a été acclamé triomphalement pour cette réussite.

Jorg Windmann ovationné après la création d'Au coeur de Paris

Jorg Windmann ovationné après la création d'Au coeur de Paris

Après la création, le grand classique de l'orchestre. En effet, La Mer de Debussy est une des œuvres phares de son répertoire. Elle avait déjà été jouée lors du concert inaugural de 1967. Les néons étaient bleus pour l'occasion, encore un grand contrôle dans le bras du chef qui a à peine laissé les vagues s'écouler dans le II avant de reprendre la main dans le III avec un vent qui n'était pas déchainé. Il s'agit toutefois d'une œuvre incontournable.

Puis enfin le temps des bis, ter etc. Tout d'abord, joyeux anniversaire  chanté par le public aidé du chœur, puis un lied de Schubert et enfin l'oiseau de feu de Stravinski pour se dire au revoir et surtout, au prochain concert et longue vie à cet orchestre que nous continuerons à aller voir pendant encore de longues années.

Un anniversaire réussi, plaisant, inoubliable célébrant l'histoire et ouvrant des perspectives d'avenir. Mais surtout, un moment ou nous avons aimé la musique tous ensemble.

PS: Le concert est diffusé en direct le jeudi 2 novembre 2017 à partir de 20h30 sur Radio Classique, Mezzo et Arte Concert, à ne manquer sous aucun prétexte !

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Un Orchestre de Cleveland inconstant dans la 6ème de Mahler à la Philharmonie de Paris

18 Octobre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Concert, #Mahler, #Orchestre de Cleveland, #Classique, #Philharmonie

Pour ce concert, tout a commencé avec cette chronique de Christian Merlin sur France Musique. Et je me suis laissé convaincre par ses arguments, je n'aurais peut-être pas du...

Paris est sans doute la ville où la musique de Gustav Mahler est le plus jouée dans le monde de nos jours. C’est ainsi que la Symphonie n°6 en la mineur dite « Tragique » était de nouveau donnée ce lundi 16 octobre 2017 à la Philharmonie de Paris par l’Orchestre de Cleveland dirigé par Franz Welzer-Möst et ce, après les tentatives de l’orchestre de Paris en septembre de la même année et du LSO avec Rattle en janvier.

 

Dans un tel contexte, il est difficile de ne pas céder à la tentation de la comparaison et de ne pas être influencé par ce qui a pu déjà être entendu parfois très récemment.

 

Le maestro s’attaque à ce monument en prenant le taureau par les cornes en employant un tempo rapide fort à propos dans l’Allegro energico initial. L’ambiance est immédiatement étouffante, suffocante. Les cordes sont véloces, le son fluide et l’ensemble avance résolument même dans le thème d’Alma qui est censé être plus doux. Les pupitres se distinguent étonnement et donnent l’impression de tout entendre, notamment le célesta. Il se dégage une grande puissance de cet orchestre, qui se déchaine complètement dans les nombreux fortissimos que la partition offre. Même si tout ceci débute bien, l’inconstance de l’orchestre commence à poindre le bout de son nez. La fuite d’un percussionniste pour rejoindre la coulisse afin de jouer des cloches symbolise le début d’une sorte de délitement du son. L’intensité du début ne se maintient pas, la caisse claire porte bien mal son nom.

Ainsi, placer l’Adante en II dans ce contexte semble être rédhibitoire, malgré la douceur incroyable des cordes, un tempo bien adapté, un équilibre global satisfaisant, un hautbois solo sublime, un cor anglais magnifique, un cor solo soyeux, l’ensemble ne maintient pas le niveau d’excellence en avançant, de sorte qu’il est possible de parler d’inconstance. Tout cela manque simplement d’émotion et c’est dommage dans de telles pages.

Le Scherzo frappe quant à lui immédiatement par sa trop grande rapidité. Les cordes graves jouent trop fort et on perd malheureusement de vue tous les solistes. Le trio manque de cohérence et ne grince pas comme on pourrait s’y attendre chez Mahler. Sans doute à cause de clarinettes un peu quelconques. Nulle ironie, les instruments semblent avoir perdu de leur piquant en traversant l’Atlantique, à moins que ce ne soit l’usage dans les lointaines contrées d’Amérique. L’arythmie caractéristique de ce mouvement devient un simple désordre assez décevant dans l’exécution de l’orchestre.

Dans le Finale, on entend enfin les deux harpes qui semblaient un peu perdues au milieu de cet immense orchestre. Mais des choix de tempi malheureux gâchent l’ensemble. Toujours des problèmes pour entendre les solistes, et le seul à peu près valable de la soirée est le hautbois, le premier violon étant lui un peu à part, tellement ses solos sont mis en valeur. Les nuances ne sont pas maitrisées et on se rend compte à quel point il est difficile pour un orchestre de passage à la Philharmonie d’appréhender les particularités de cette salle. Les fortissimos sont devenus au fur et à mesure assez désagréables. Le fracas des coups de marteau ne faisant que troubler encore un peu plus l’oreille des spectateurs. Pour prendre une métaphore liée à la boxe anglaise, l’orchestre donnait certes des coups mais ces derniers n’étaient pas ajustés, et c’est bien dommage.

Ce concert peut se résumer en un mot, l’inconstance. La direction de Franz Welzer-Möst ne manque pas d’ambition, de bonnes idées. L’orchestre de Cleveland ne manque pas de qualité, lui qui semble encore jouer dans l’ombre de George Szell, mais malheureusement, à chaque bonne idée en succédait une moins bonne de sorte que l’impact global de la symphonie en a été un peu atténuée. Berg parlait pourtant de seule sixième en dépit de la Pastorale. Schoenberg parlait de symphonie parfaite. Theodore Adorno quant à lui en évoquant le Finale disait « Tout est mal qui finit mal. » C’est un peu ce qui s’est passé lors de cette soirée mais pas pour les bonnes raisons.

Alors je ne sais pas si ces musiciens étaient venus faire du tourisme à Paris et avaient du coup moins envie de travailler le soir, mais il faut dire que c'était nettement mieux avec l'Orchestre de Paris en septembre dernier.

 

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Dialogues insolites à Sceaux entre Freire, Labadie et le Philhar' de Radio France

16 Octobre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Concert, #Philar, #PhilharRF, #Philhar, #Nelson Freire, #Labadie, #Concerto, #Piano, #Mozart, #Haydn

Dimanche 15 octobre 2017, je retrouvai l'Orchestre Philharmonique de Radio France pour la deuxième fois du week-end après une soirée américaine la veille. Mais cette fois-ci, ce n'était pas à l'auditorium de la maison de la radio, mais aux Gémeaux, à Sceaux, en banlieue (chic), près de chez moi !

L'orchestre était pour l'occasion dirigé par Bernard Labadie dans un programme entre éclectisme et classicisme. Il y a tout d'abord eu le Chaos de Rebel, puis le concerto pour piano n°20 en ré mineur de Mozart interprété par le légendaire Nelson Freire, Moz’Art  de Alfred Schnittke et enfin la symphonie n°45 de Haydn intitulée Les Adieux.

Comme la veille, c'est au bar que ça se passait avant le concert mais cette fois-ci de façon beaucoup plus informelle. Puis il était temps d'entrer en salle, au tout premier rang, un peu sous la scène. C'est ainsi que le flûte solo a commencé à dialoguer avec les cordes et le clavecin dans le Chaos de Rebel. Un trémolo aux cordes apportant de la tension, un picolo venant amener un touche de dissonance, une écoute mutuelle des musiciens, des bois stridents, pas de doute, le chaos portait bien son nom.

Le temps d'installer le piano et d'accueillir Nelson Freire que le concerto commençait déjà avec ce thème en ré mineur énoncé aux cordes. Tout cela était très pianissimo au début, le tempo était assez lent puis gagnait en intensité. Mais lorsque le piano est entré en jeu, le temps s'est arrêté, Nelson Freire a une précision et une clarté presque jamais vues. L'orchestre le suivait tranquillement et la musique coulait de source. Nous étions quant à nous replongé dans les souvenir du film Amadeus lorsque nous avions découverts cette œuvre, ou encore, nous avons pensé à Gulda. Les cordes basses étaient vraiment excellentes mais toutefois, la salle présentait quelques problèmes d'acoustique, notamment pour le son des instruments à vent qui ne parvenait pas bien au premier rang situé sous la scène. Cela change de la maison de la radio ! La cadence jouée par Freire était expressionniste, celle de Carl Reinecke que nous ne connaissions pas. Puis vint la fameuse Romanza... Un équilibre parfait, la timidité de l'orchestre perçue dans le I était ici une qualité, la passage en mineur était très phrasé, séquencé, clinique, scientifique, les bois était discrets mais nous étions tellement près du piano. Nous avons entendu ensuite toute la vivacité du monde dans le Rondo final. Le chef imprimant une très grande tension dans les cordes. Le jeu de questions réponses était vigoureux et la cadence du soliste vraiment exceptionnelle et le basson se faisait enfin entendre. Quel merveilleux moment. Le bis était de nouveau un instant de féérie, il s'agissait de La Plainte d'Orphée de Gluck arrangée pour piano par Sgambati selon Alain Lompech.

Puis succéda le grand moment d'humour avec Moz'Art et le lancer de Canard (enchaîné) sur les spectateurs du premiers rang. Les deux violonistes en plus de la performance instrumentale devaient assurer une performance scénique assez physique qui mettait à l'épreuve leurs talents de comédien. Un grand bravo aux violonistes Rachel Givelet et David Haroutunian.

Et enfin, le moment des adieux avec cette symphonie assez poignante de Haydn. Les cordes étaient très dynamiques dans le I puis se calmaient dans le deuxième thème. Un ami disait que Haydn était toujours sympathique au début mais avait tendance à devenir ennuyeux, cela ne se confirme pas dans cette partition. L'orchestre était très réactif et flexible dans l'Adante, et cela évoquait même la 40ème de Mozart. Et enfin, dans le Presto final, voir les musiciens partir un à un était encore un moment très insolite. Cela a commencé par le Cor, puis les clarinettes, basson, hautbois, intermède avec un solo de contrebasse suivi par la fuite de nombreuses cordes. Cela évoquait une Battle Royale et nous nous demandions qui allait rester en dernier. Pas le chef, qui a fui après les cordes pour laisser un drôle de quintette. Les heureuses élues étaient le premier violon solo et la cheffe d'attaque. Un très beau moment, un très beau concert.

Je pourrai dire que j'ai vu et entendu Nelson Freire au moins une fois dans ma vie. Ca fait plaisir sachant que c'est un peu mon homonyme et que je lui ai fait gagner la tribune en juin !

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Une soirée en Amérique avec l'Orchestre Philharmonique de Radio France

15 Octobre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Concert, #Philar, #Philhar, #Maison de la radio, #PhilharRF, #Piazzolla, #Ginastera, #Copland, #Nico Muhly

Samedi 14 octobre 2017 avait lieu à l'auditorium de la Maison de la Radio un concert de l'Orchestre Philharmonique de Radio France, dirigé par Christian Marcelaru, avec un programme résolument Américain. Les Quatre Saisons de Piazzolla, et le concerto pour harpe de Ginastera pour l'Amérique du Sud. Mixed Messages de Nico Muhly (création française) et la symphonie avec orgue de Copland pour l'Amérique du Nord. De quoi faire de belles retrouvailles avec le Philhar après l'Eroica en début d'année !

Programme assez novateur qui sort un peu de ce que j'ai l'habitude d'entendre mais au final, cela a donné 100% de belles découvertes. Que ce soit du contemporain comme Muhly dont la pièce date de 2015 ou du plus ancien comme Copland qui m'a juste fasciné. Piazzolla, je connaissais depuis le collège, avec notamment Liber Tango, La Milonga Del Angel, La Muerte del Angel, Adios Nonino ou encore Fuga y Mysterio. Ginastera, j'en avais entendu parler dans la boîte à musique de Zygel. Copland, je l'ai découvert très récemment grâce à une superbe chronique de Christophe Chassol !

 

Je crois que si je me laisse pousser les cheveux, je peux me faire passer pour lui.

Avant le concert était organisé un apéro avec Judith Chaine, productrice à France Musique, ainsi que des musiciens du Philhar qui sont venus nous parler musique et même jouer un peu. Le Maestro Christian Marcelaru nous a même gratifié de sa présence, c'était un moment très sympathique. Nous avons pu entendre notamment Oblivion de Piazzolla joué dans un arrangement pour violon, violoncelle et contrebasse.

Mais point de chef pour débuter ce programme avec des extraits des 4 saisons de Piazolla, dans une version de Leonid Desyatnikov. L'orchestration singe celle des 4 saisons de Vivaldi, à savoir un orchestre de cordes et un violon solo (et une petite citation à la fin), qui n'était autre que Hélène Collerette, une des 1er violons solos du Philhar'. Elle était fabuleuse, tandis que les cordes graves étaient très incisives et marquaient bien le rythme dans le I, le printemps. Dans le II, les cordes étaient exploitées à fond, et faisaient toutes sortes de sons, utilisées notamment comme des percussions, et des choses vraiment étonnantes. Les contrechants étaient à tomber, on était vraiment dans du Piazzolla en entendant cet hiver.

Le Maestro a ensuite fait son entrée accompagné de Marie-Pierre Langlamet, harpiste soliste, qui est aussi harpe solo aux Berliner Philharmoniker et qui a la particularité de jouer pieds nus ! Le son de la harpe était amplifié et on a par conséquent pu vraiment en profiter. Dès le début du I, Allegro guisto, on sent que ça pulse, tout cela part sur un rythme très dansant. C'est inspiré du malambo, danse argentine déhanchée à 6/8. L’orchestration est chatoyante mais l'ensemble est vraiment très précis, le bras du chef sans doute. Dans le II (Molto moderato), c'est assez lent, apaisé, les bois brillent et dialoguent utilement avec la harpe, qui se signale par ailleurs avec une cadence magnifique. Enfin le III (Liberamente Vivace) se distinguait immédiatement par les percussions. Il était de nouveau très dansant et offrait de belles dynamiques. Le phrasé de l'orchestre était merveilleux, et le fondu parfait tandis que la harpe tenait le choc et parvenait à se faire entendre. La soliste avait également un sacré jeu de jambe avec les pédales. Une très belle œuvre. Et son bis était encore plus beau et nous a fait découvrir une polyphonie insoupçonnée sur cet instrument.

Après l'entracte, l'effectif du Philhar' a augmenté substantiellement pour jouer la partition de Muhly qui a la particularité d'être né en 1981 ! Le programme parlait de minimalisme, de Glass mais pas du tout ! Dès le début, on sent une grande tension dans les cordes, avec un ostinato en tremolo du plus bel effet. Les cuivres sont mis en avant et on sent l'orchestre beaucoup plus puissant. Les percussions sont très, très variées, encore pire que chez Mahler, c'est dire. Le phrasé est assez sec et haché, tout cela est saisissant. Puis soudain, un solo de violon qui se distingue, un cor anglais qui éclipse tous les autres instruments... Un merveilleux morceau.

Déjà le dernier morceau avec cette symphonie avec orgue de Copland. L'organiste David Cassan était également présent à l'apéro d'avant concert, il nous a expliqué le décalage qu'il existe avec les orgues électroniques. Le son sort avec un peu de retard lorsqu'il appuie sur une touche, ce qui fait que pour se caler sur le temps de l'orchestre, ça peut parfois être compliqué. Et pourtant, la magie a opéré, il n'y a eu aucun décalage, aucun souci de retard, aucun problème rythmique. Le I  (Prelude - Adante) de la symphonie débute tout en douceur avec l'alto, l'orgue entre tout doucement en duo avec la harpe. Il utilise des registrations assez timides qui le rapprochent un peu de la flûte. D'ailleurs, le son de l'orgue est tellement polymorphe qu'il peut imiter à lui seul de nombreux instruments de l'orchestre. Chaque son un peu inhabituel lui était du, c'était assez insolite. On constate la qualité de la circulation du son, des solos et surtout, la douceur de cette musique. Tout change dans le II (Scherzo Allegro Molto) avec un rythme très, très marqué et une puissance impressionnante de l'orchestre, dans des fortissimo presque assourdissants. Une fois de plus, l'orgue amène un peu de confusion pour l'oreille non habituée tant son son est riche. Le III (Lento - Allegro moderato) se distingue immédiatement par l'irruption des trombones qui semblent faire un match avec l'orgue. Tout cela est massif. Les registrations de l'orgue offraient enfin son plein et entier potentiel en allant dans des graves très impressionnants. En un mot, ce mouvement est puisant. Avec une incroyable intensité et en même temps, c'est très précis, contrôlé, le bras du chef encore. Il y a un véritable fracas de percussions et d'orgue dans la coda, aidés en cela par le trombone et le tuba, on en sort essoré, sans voix. Un triomphe.

Le concert sera diffusé sur France Musique le 7 décembre 2017 à 20h et sera ensuite disponible à l'écoute sur leur site.

 

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La rentrée du PSPBB

14 Octobre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Concert, #PSPBB, #Conservatoire

Vendredi 13 octobre 2017, j'ai assisté à un concert au Conservatoire à rayonnement régional de Boulogne Billancourt. Il s'agissait du concert d'ouverture de la saison du PSPBB à savoir le pole supérieur d'enseignement artistique Paris Boulogne Billancourt.

Contrairement à mes habitudes, j'ai donc assisté à un concert d'étudiants et ma foi, aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années. J'étais déjà fan de l'OSCO, et je continue à apprécier de sortir des sentiers battus dans mes pérégrinations orchestrales.

Le concert a débuté avec l' Ouverture de l’opéra Der Freischütz, opus 77 de Carl Maria von Weber. L'orchestre était dirigé soit par  Paul Coispeau soit par Benoît Graindorge, le programme n'étant pas très clair à ce sujet. L'orchestre a eu un peu de mal à se mettre en route, avec notamment des problèmes de tuilage au niveau des cors et même un petit canard. Le chef phrasait énormément, les phrases étaient très articulées, entourée de nombreux silences de sorte qu'on entendait chaque instrument. Les pupitres se démarquaient, notamment les très belles cordes. Les tuttis étaient très impressionnants.

Camilla Rossetti a près le relai afin de diriger l' Ouverture Die Hebriden, opus 26 de Félix Mendelssohn-Bartholdy. On a immédiatement senti une grande différence, tout d'abord dans la nature de la partition mais également dans le comportement de l'orchestre. L'air étant plus connu, cela permettait d'en profiter davantage. La cohésion de l'orchestre était bien meilleure, et la cheffe apportait un grand soin à aux nuances, de sorte qu'un grand équilibre se dégageait de l'orchestre, notamment dans le jeu de question réponse entre les cordes et les vents.

Après cela, le soufflet est un peu retomber avec Richard Wagner, et son Siegfried-Idyll dans lequel un de nos deux chefs masculins avait repris la baguette. Le début trainait un peu mais le son gagnait en ampleur au fur et à mesure. Les cors étaient toujours problématique (surtout un soliste). Toutefois, le hautbois solo est à souligner. Nous avons eu affaire à une hautboïste fantastique qui a égayé ce concert.

Enfin, Marion Ladrette a récupéré la Baguette dans les Kindertotenlieder de Gustav Mahler (même si le premier a été dirigé par un de ses collègues masculins, le même que dans Weber).

J'aurai du mal à être objectif en ce qui concerne Marion mais je peux affirmer sans trop de risque de me tromper qu'il faut retenir son nom, car c'est une sacrée cheffe ! C'est aussi, soit dit en passant, une ancienne camarade de classe au lycée. La voir diriger du Mahler était un enchantement pour moi même si je ne suis pas très friand des Kindertotenlieder. Ce concert m'a réconcilié avec ces chants pour les enfants morts.

L'orchestre est beaucoup plus fourni et on ajoute à cela deux chanteuses, une soprano et une alto. L'alto était impressionnante, dans la diction, dans le souffle et aussi dans la présence scénique là où la soprano était souvent recouverte par l'orchestre. Sa voix ne se projetait pas bien alors que l’auditorium n'était pas si vaste.

La direction de la cheffe était douce, subtile, équilibrée et mettait bien en valeur l'orchestration de Mahler. Le hautbois solo et le cor anglais m'ont enchanté, le son de l'orchestre commençait vraiment à se rapprocher de celui d'un orchestre professionnel très aguerri. Le tour de chauffe était fini et ils ont délivré une superbe performance. J'ai vraiment découvert la beauté de ces pièces que j'écoutais de manière dissipée avant. Un bien beau concert.

La rentrée du PSPBB
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Nuit blanche 2017

9 Octobre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Philharmonie, #Concert, #Nuit Blanche

Une fois n'est pas coutume, j'ai de nouveau assisté à la nuit blanche cette année après une soirée mémorable en 2016. Je commence à prendre goût à cet événement.

Je n'ai pas innové cette année, je suis de nouveau allé à la Philharmonie de Paris où se tenaient plusieurs événements. Mais contrairement à l'année dernière, je n'ai pas fait autre chose avant, si ce n'est trouver un pub qui avait bien l'obligeance de diffuser le match Bulgarie-France comptant pour les éliminatoires de la coupe du monde 2018.

L'expérience de cette année à la philharmonie était bien différente de la précédente. D'une part, il y avait beaucoup plus de monde, ce lieu devient très mainstream, d'autre part, j'ai beaucoup moins aimé le public. Il y a peut-être un lien entre les deux.

De plus, la performance musicale dans la Grande Salle Pierre Boulez, siège de la nuit minimaliste, était moins impressionnante que celle de l'année dernière. En effet, cette année, trois musiciens ont animé cette nuit blanche. Lubomyr Melnyk et Bruce Brubaker au piano. James McVinnie à l'orgue. Alors que l'année dernière, seul Nicolas Horvath a joué pendant toute la nuit, beaucoup plus impressionnant.

Arrivé vers 1h30 du matin, j'ai eu à entendre les trois musiciens. L'intérêt de cette nuit minimaliste, c'est que cette fois-ci, on ne se limitait pas à Philip Glass comme l'année dernière. Melnyk m'a fasciné, il jouait sa propre musique et c'était une belle découverte. Brubaker était sans doute meilleur pianiste encore que, j'ai du mal à discerner les mérites de chacun dans le minimalisme. Mais le meilleur moment, c'était clairement l'orgue et McVinnie, qui est venu conclure la soirée à partir de 4h du matin et réveiller peu à peu ceux qui s'étaient endormis. Profiter de l'orgue de la Phlharmonie est un plaisir dont on ne se lasse pas, même dans du Glass. C'était vraiment impressionnant. Et à pareille heure, cela a vraiment un certain charme. Toutefois, au bout de la deuxième fois, la surprise et la sidération disapraissent. L'habitude quant à elle survient. Mais ceux qui l'ont vécu pour la première fois ont du ressentir quelque chose de pas banal.

Vive la nuit blanche !

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L’ONF enchante Eschenbach dans la 5ème de Mahler

15 Septembre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Concert, #Maison de la radio, #ONF, #Mahler, #Mahler5, #Enesco

Jeudi 14 septembre 2017 avait lieu à l’auditorium de la maison de la radio un concert dont le programme comprenait la symphonie concertante pour orchestre et pour violoncelle d’Enesco et la 5ème symphonie de Mahler. Œuvres interprétées par l’Orchestre national de France (ONF)  dirigé pour l’occasion par Christoph Eschenbach.

 

Je retrouvais l’ONF pour la première fois depuis le concert de Paris du 14 juillet, et c’était la première fois à l’auditorium depuis Novembre 2015 et un mémorable cycle Beethoven/Bartok.

 

Il est d’ailleurs marrant de constater pour la petite histoire que Eschenbach est l’ancien directeur d’une autre phalange parisienne, à savoir l’orchestre de Paris (2000-2010). Il n’a pas laissé un souvenir impérissable dans la ville si l’on en croit Christian Merlin et pourtant, on sent que ce chef est un passionné. Ce qu’il y a d’insolite dans cette situation, c’est qu’un directeur musical de l’orchestre de Paris dirige très rarement pour ne pas dire jamais un orchestre de radio France et vice et versa avec les directeurs musicaux du Philar et de l’ONF avec l’Orchestre de Paris. Mais une fois parti, tout est possible !

 

La symphonie concertante était une belle œuvre pour introduire ce concert, avec un public assez clairsemé malheureusement et pourtant. Cette composition recèle une telle douceur et le violoncelliste soliste, Truls Mørk était vraiment excellent. Tout cela monte peu à peu en intensité, mené par un Eschenbach tout en sobriété et une flûte solo qui se distingue. A noter un glissando démentiel du violoncelle dans le finale de l’œuvre qui a tout du saut vertigineux. Voici un compositeur trop peu joué et pourtant intéressant, une très belle découverte.

 

Puis après l’entracte vient le main event,   à savoir la 5ème symphonie de Mahler. Subitement, il y a beaucoup plus de monde dans la salle…

La marche funèbre initiale est prise dans un excellent tempo qui est vraiment adapté à l’ambiance que veut instaurer le compositeur, la trompette solo semble sortir d’outre-tombe avec son appel qui semble faire écho à la 5ème de Beethoven. Puis l’ONF commence à gronder avec l’irruption des cordes dans un tutti enivré. On sent Eschenbach commencer à s’agiter et à faire des gestes insensés. A un moment, il regarde dans ma direction et lance un regard intense aux premiers violons mais qui capte également mon regard, une vision assez terrifiante mais si captivante.

 

Le chef dirige par cœur, il est vrai que Mahler est un compositeur qu’il défend depuis de très nombreuses années. Cette marche funèbre initiale était vraiment excellente, les différents pupitres assez en forme, notamment les percussions et plus précisément les timbales.

Le II commence avec un ONF furieux, mais c’est bien l’indication de Mahler qui nomme ce mouvement Stürmisch bewegt, mit grösster Vehemenz (Orageusement agité, avec une grande véhémence). Les cordes sont incandescentes, notamment les violoncelles qui jouent le thème à un moment tout en dialoguant avec les bois. Les nuances sont gérées de manières très satisfaisantes. Et les coups de triangle étaient exquis.

 

Le Scherzo en revanche est un peu plus problématique, l’imprécision des cuivres ne peut plus être occultée. Les cors, si important dans ce mouvement ont peu à peu perdu le fil et n’ont pas maintenu l’excellence qui était présente au début. Pourtant, on ressent une certaine féérie, une certaine magie à l’écoute de ce 3ème mouvement. Et le hautbois solo commence à se démarquer de manière décisive. A noter le quatuor à corde qui a enfin l’occasion de briller un peu, (notamment Sarah Nemtanu, fantastique 1er violon solo), tant cette partition est phagocytée par les cuivres tout au long de cette œuvre. (C’était bien la peine de se ré-accorder juste avant le IV)

 

L’Adagietto est la grande réussite de cette soirée (hormis ce téléphone qui sonne juste au début pendant que l’orchestre joue pianissimo !). Les bois et les cuivres se taisent enfin et laissent place à toute la puissance évocatrice des cordes, il s’agit ici d’amour, un amour déclamé de Mahler à sa femme Alma à qui est dédiée cette œuvre. La harpe solo était parfaite, les nuances à tomber par terre. Ce passage passé à la postérité grâce au film Mort à Venise est la principale raison pour laquelle cette symphonie est connue. Même s’il ne s’agit pas forcément des pages les plus intéressantes de l’œuvre de ce compositeur, force est de constater qu’elles font leur petit effet.

 

Enfin le Rondo final qui renforce la féérie et la magie qu’on percevait déjà dans le scherzo. On soulignera seulement ici la qualité des clarinettes et hautbois solo qui ont été justes fantastiques. Cette œuvre se termine sur une note positive voire même naïve. C’est aussi une face de la personnalité de Mahler qui ne fait pas que dans le sarcasme. Et c’est aussi agréable de s’évader en évoquant l’amour ! Excellent concert.

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Rentrée tragique à la Philharmonie de Paris

7 Septembre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Concert, #Mahler, #Orchestre de Paris, #Philharmonie, #Daniel Harding, #Mahler6, #Purcell

C'est la rentrée ! Cela ne vaut pas que pour les écoliers ou pour les politiciens mais également pour l'orchestre de Paris. Qui dit rentrée dit concert d'ouverture de la saison, après avoir quitté l'orchestre sur une note mitigée la saison dernière.

Nous avons été gâtés pour le coup en ce mercredi 6 septembre 2017 avec au programme la musique pour les funérailles de la Reine Mary de Purcell et rien de moins que la 6ème symphonie de Mahler dite tragique.

 

L'orchestre fêtant ses 50 ans cette année, des événements privilégiés sont organisés afin de célébrer cet anniversaire. Avant le concert, nous avons eu droit à un petit moment de musique avec des musiciens de l'orchestre. La musique de Purcell qu'ils ont joué était une bonne mise en bouche. Didon et Enée puis Fantasia upon a ground de Purcell, ont permis à cette soirée de démarrer sous les meilleures auspices.

 

Mais rien de tel que l'orchestre au grand complet pour être rassasié avec son chef Daniel Harding en grande forme ainsi que le chœur qui était convoqué pour chanter en hommage à la reine Mary.

Pourtant, seuls une timbale, deux trompettes, deux trombones et un petit orgue assurent la partie instrumentale et dialoguent avec les chanteurs dans une musique intimiste, presque minimaliste. On déplorera le manque de clarté dans le chant mais toutefois, l'émotion de cet hommage funèbre est bien transmise. L'orchestre réduit à sa portion congrue jouait de manière claire et bien phrasée tandis que l'écrasante majorité des pupitres était réduite au simple rang de spectateur. Mais ce n'étaient que des prémices !

 

Tout d'un coup, le chœur s'en est allé discrètement après avoir dit Amen tandis que la musique de Purcell mourrait, puis subitement, les cordes se sont agitées et ont entamé la 6ème symphonie de Mahler attacca, sans laisser le temps au public d'applaudir la première performance. Quelle audace !

 

Mais choisir la 6ème symphonie de Mahler est déjà un pari audacieux. Ce n'est pas la plus jouée du compositeur et lui-même avait du mal à la diriger tant cette musique le bouleversait.

De l'audace également de faire dialoguer Mahler et Purcell mais au fil de l'avancée de la musique, cette audace s'est muée en évidence. Une musique funèbre dialogue en effet de manière éloquente avec la symphonie tragique, notamment dans la continuité de l'usage des cuivres et des percussions.

 

Ainsi le tempo vif, sans concession, très allant crée instantanément un choc tellurique dans les oreilles du spectateur. L'irruption de la caisse claire qui martèle le rythme fait entrer directement dans une autre dimension et nous saisit pour ne plus nous lâcher. Les attaques des différents pupitres, notamment les cordes, le phrasé ciselé par le bras d'Harding, l'intensité, les dynamiques du premier thème font de cet allegro energico le premier étage d'une fusée amenée à nous broyer.

Le thème d'Alma qui survient après n'est qu'un simple répit qui ne peut pas durer car la reprise du thème initial arrive très rapidement. Ainsi, les bassons et les hautbois s'illustrent de manière phénoménale. Les solos du cor, du violon, de la flûte et de la clarinette basse sont exquis et la battue régulière du maestro nous permet d'avancer sans encombre, sans perdre une miette (Ah ce tuba !). Dès ce premier mouvement, on se sent boxé, la violence de cette musique nous saisit et les choix radicaux du chef payent.

C'est pour cela que ce dernier opte pour l'Adante en deuxième position. Cette option avait déjà notre préférence avant le concert mais elle semblait de toutes manières s'imposer ici au vu du contexte. Il était inconcevable d'enchaîner directement avec le scherzo alors que la symphonie avait directement succédé à Purcell. Il fallait ici un repos que cet Adante nous a offert gracieusement. La tonalité initiale de mi bémol majeur vient un peu nous apaiser. Le hautbois parfaitement timbré remplit son office avec efficacité, les cordes enveloppent l'ensemble puis laissent la place aux clarinettes qui permettent à l'émotion de monter et de diffuser un sentiment de nostalgie qui tend à provoquer des larmes. Les harpes forment des ponts entre les différents pupitres toutefois, un bémol, les cloches sont un peu trop timides et ainsi ne permettent pas l'évasion. L'évocation de la solitude que ces dernières doivent susciter s'évapore quelque peu. Il faut de nouveau souligner un solo de basson absolument stupéfiant et enfin un dialogue entre les cordes et les clarinettes qui confine au sublime.

 

Maintenant que cet intermède de quiétude a été évacué, plus rien ne nous sera accordé. Aucune clémence, aucune issue. Pas de solution ou de délivrance. Simplement l'engrenage de ce Scherzo macabre. L'intensité du premier mouvement est redoublée, les clarinettes grincent comme jamais. Le spectateur est saisi aux tripes. Il est même possible de frôler le malaise tant cette musique prend possession des corps et des esprits, avec notamment ce xylophone diabolique. Ce Scherzo donne parfois l'impression d'être bloqué dans le  tambour d'une machine à laver en marche.

L'ironie glaciale de ce mouvement est tout bonnement effrayante mais surtout magnifique. Ces couinements de l'orchestre s'immiscent dans les têtes aidés par des nuances impeccables, parfaitement interprétées par l'orchestre.

 

Tout cela mène à un final qui ne résout rien. Avec des percussions de plus en plus assourdissantes et un thème qui semble tourner en rond dans cette anthologie de la forme sonate. Mahler célèbre la forme sonate, en fait le tour mais en expose également les limites et Harding s'amuse avec ce texte. Tout est construit et cohérent. Cette musique qui tourne en rond dans un cycle émacié ne fait que se diriger vers la violence des coups de marteau qui semblent nous renvoyer continuellement vers la défaite. Ces deux coups de marteau dévastateurs prennent le pas sur les pupitres héroïques, notamment les violoncelles qui ne déméritent pas et qui livrent une intensité de tous les instants mais à quoi bon ? À quoi bon tous ces solos, toute cette virtuosité alors que la porte se referme inlassablement et que la défaite est inévitable ? À quoi bon résister à l'inéluctable ? L'accord final semble poser cette question et le silence de mort qui a suivi la fin de l'exécution de la symphonie semblait être une réponse appropriée.

 

À quoi tient un concert réussi ? À des choix forts, à de l'audace, à de la surprise, de l'étonnement. Le fait de susciter des émotions, de faire vivre un instant mémorable. Ce soir-là, nous avons su que nous assistions à un grand concert en voyant ce micro tomber suite au premier coup de marteau puis en contemplant un morceau de la baguette du chef voler dans le ciel de la philharmonie de Paris. Définitivement un moment pas banal. Une claque.

Edit 13/09/17: D'autres avis sur le concert ici ici et ici.

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