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Le blog de andika

Articles avec #cinema tag

Justice League: Attendu

18 Novembre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Cinéma, #comic, #DC

Justice League est un film qui ne surprendre pas, qui n'étonnera pas, qui ne dérangera pas. A croire que les auteurs ont souhaité faire le produit le plus aseptisé possible, le plus fade, le plus translucide, incolore, inodore afin de ne plus s'attirer les foudres de la critique. Il est compréhensible qu'ils aient été échaudés par l'accueil controversé de Batman vs Superman ou encore de Suicide Squad.

Mais le problème n'était pas dans le manque d'humour supposé de ces films. Le premier des deux d'ailleurs n'était pas si mauvais et souffrait avant tout d'un montage qui le desservait. Le second en revanche était un échec, amplifié par les tentatives de modification consécutives au déferlement de critiques sur l'opus qui le précédait.

Zack Snyder est donc de retour pour ce film, aidé par Josh Wedon après un deuil dans sa famille. Et tout cela se ressent. Alors oui, il y a beaucoup d'humour, on ri mais c'est au détriment de la profondeur qu'on pouvait trouver dans les autres films. Tout cela manque terriblement d'ambition. Le personnage du méchant n'imprime pas du tout et pourtant, on sait bien que pour avoir un bon film, il faut avoir un bon méchant. Qu'il est loin le Zod de Man of Steele campé par un merveilleux Michael Shanon... Ici, peu d'enjeux, le méchant est juste méchant et veut du pouvoir. Il est le subordonné du vrai méchant, à savoir Darksaid, mais qu'on ne voit pas malheureusement. Stepenwolf ne pouvait vraiment pas faire le poids et c'est bien dommage.

Heureusement, les gentils sont un peu plus intéressants bien qu'il ne nous surprennent absolument pas. Cyborg a une histoire assez sympa, la plus humaine finalement. Aquaman est drôle, mais pas très exploité. Sa cité sous marine semble assez cool, on y voit notamment Amber Heard pour une petite scène. Wonder Woman continue son évolution et a une belle interaction avec Batman. Enfin Flash est la caution comique, ça fonctionne plutôt bien.

Ah oui, spoiler, Superman revient mais ce n'est pas trop une surprise... Il a des scènes assez jouissives mais tout cela est gâté par la moustache effacée d'Henry Cavill qui lui donne une tête très bizarre dans de très nombreuses séquences.

Sinon, la mise en scène est assez bien faite même s'il n'y a pas forcément des idées transcendantes, c'est dans le ton des autres films, en revanche, le casting est génial, notamment Gordon et Alfred. Il y a du potentiel, il manque juste l'ambition. Il ne faut pas avoir peur des critiques et assumer sa vision. Le film fera un tabac quoi qu'il arrive de toutes façons...

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Man on the Moon: La farce perpétuelle

15 Novembre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Cinéma

Milos Forman doit certainement être passionné par la figure du génie parce qu'après son Amadeus au sujet de Mozart, voici venir ce film au sujet de Andy Kaufman, génie comique. Un provocateur, un incompris, un prophète, une personnalité hors du commun. Là où Amadeus célébrait la musique de Mozart, Man of The Moon questionne constamment le spectateur, sa perception, ses émotions.

L'art, le spectacle vivant, tout cela est destiné au public comme le rappelle le père du héros au début du film lorsqu'il trouve son fils en train de faire un spectacle pour lui tout seul. Afin d'y remédier, il commence à jouer devant sa sœur mais elle n'est qu'un prétexte à son envie d'assouvir sa soif de performance. Il ne joue pas pour elle mais grâce à elle, à ses dépends. S'il pouvait s'en passer, il le ferait volontiers...

Il amène cela plus loin avec un vrai public dont il va tester sans cesse les limites. Le public est-il passif ou acteur de la performance ? Plus Kaufman va loin, plus son public sera acteur et même complice. Au lieu de jouer devant le public, il se joue du public lui-même.

Jim Carrey excelle dans ce rôle, avec une palette d'émotions extraordinaire et surtout dans le côté meta. On ne sait jamais s'il est totalement sérieux ou s'il plaisante et c'est vraiment parfait pour ce rôle. Il convient de souligner également la beauté de la mise en scène qui reconstitue les années 70-80 avec minutie.

Enfin, ce qu'il y a de bien avec la performance, c'est qu'on sait quand elle commence mais qu'on ne sait pas forcément quand elle s'arrête. Il y  a la dedans une part de mystère qui en fait toute la magie et qui fait qu'on ne descend pas tout à fait de la lune. Un beau film. Très émouvant.

 

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The Square: La satire géométrique

9 Novembre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Cinéma, #Palme d'or

Quelle est la limite ? C'est la question que ne cesse de poser The Square. Curieux objet que cette Palme d'Or 2017 qui ne fait rien d'autre que de ridiculiser justement ce monde de l'art. Ici art contemporain, mais le propos pourrait également s'appliquer au cinéma, il suffirait de changer de cadre.

Quelle est la limite de l'art tout d'abord ? Qu'est-ce que l'art ? Des petites pyramides d'argile dans une exposition ? Un homme qui se prend pour un singe et dont la seule performance se limite à tester les limites des autres face à sa férocité ? Une vidéo montrant une explosion ? Un carré ?

L'art c'est tout cela et rien de cela à la fois. Et répondre de manière absolue à la question, c'est justement poser des limites.

Ce qu'il y a de fascinant dans les mathématiques, c'est qu'il s'agit d'un outil qui permet de quantifier et de délimiter un grand nombre de chose, en d'autres termes, poser des limites. La géométrie est un exemple parlant, on va calculer une aire, un périmètre, un volume. C'est l'ambition du carré qui est l’œuvre d'art qui donne son nom au film, il s'agit d'un espace de confiance et d'altruisme, toutes les personnes y sont égales en devoirs et en droits. Si on pose cette limite, cela signifie bien qu'à l'extérieure du carré, ce n'est pas le cas. Limpide. D'où ces nombreux plans sur des SDF, des mendiants qui se confrontent à toute cette bourgeoisie, à toutes ces richesses opulentes. Toute cette indécence tournée en bourrique lorsque le directeur du musée qui est le personnage principal pense secourir une femme dans le besoin et se retrouve lui-même victime. Ce petit insolent bafoué et bien d'autres choses encore qui montrent que le monde ne tourne pas rond.

Et pourtant, dans la mise en scène, le réalisateur essaye constamment de garder ses personnages dans les limites, en plaçant astucieusement sa caméra dans la diagonale d'un carré et en usant souvent de plans très serrés. Ou encore, cette caméra qui tourne sur elle même pendant que les personnages montent à l'escalier. Ou cette utilisation continue du premier prélude du livre I du Clavier bien tempéré de Bach qui met la musique dans un cadre strict et rigoureux. Mais d'un autre côté, le cadre est explosé, les séquences s'allongent à n'en plus finir, en provoquant le rire, souvent, le malaise, parfois. Le rire dans une scène de sexe sans aucune passion, dans un dialogue entre amants totalement barré qui interroge sur la notion d'attirance, le rire avec cet enfant qui ne manque pas d'aplomb, ou cet homme singe qui va finir pas devenir le Némésis.

Quelle est la limite à la passivité de l'Homme devant l'injustice ? Quelle est également la limite à son action ? Riches questions. Questions posées de plus en plus explicitement au fur et à mesure que le film avance.

Arrivé à la fin, on est tenté de dire qu'il n'y en a pas ! Mais dès le premier plan, ce film ne pouvait que partir en vrilles avec ce mec posé sur un sofa, tout habillé après une nuit de folie. La disposition du plan faisait qu'il était en diagonal. Pas pratique pour délimiter une espace cohérent.

 

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Kingsman: Le cercle d'or, une suite sympathique

21 Octobre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Cinéma

Kingsman 2 est une suite sympathique. Même si l'effet de surprise du premier du nom n'est plus là, on prend encore beaucoup de plaisir devant ce film. On a encore les mêmes ingrédients, de la violence, de l'humour et des séquences d'action impressionnantes. Si dès l'ouverture, on semble être un peu dans la surenchère, le film prend le temps de se poser et de nous brosser une enquête intéressante sur ce fameux cercle d'or. Le scénario fait des choix radicaux qui peuvent surprendre mais qui semblent également se justifier. L'absence de surprise est aussi du à la promotion du film qui n'a pas fait de mystère du retour du personnage incarné par Colin Firth et c'est bien dommage. Toutefois, les nouveaux personnages amènent de la fraicheur, notamment celui joué par Julianne Moore atteint d'une douce folie assez spectaculaire. L'irruption des agents américains avec leur accent à couper est aussi une bonne trouvaille et c'est toujours un plaisir de voir Jeff Bridges, Pedro Pascal et Channing Tatum. Mark Strong et Halle Berry complètent bien le casting avec leurs rôles secondaires certes, mais ne manquant pas d'intérêt.

Néanmoins, passer en deuxième fait que c'est moins percutant. Pas de séquence aussi démente que celle dans l'église dans le premier. Moins de chocs, moins de jeu avec les codes mais simplement des messages méta pour ceux qui ont vu le premier film, dont un hilarant d'Elton John. Ce film est un peu plus sérieux, moins parodique, la seule référence semble justement être le premier.

Il y a même une certaine redondance dans la menace même si son traitement est ici encore plus cynique et réserve des séquences très drôles. Cela amène toutefois à s'interroger sur notre société sous couvert de film fun et léger. Ce film est quand même une bonne manière de passer le temps et ça fait tout de même plaisir de retrouver ces personnages totalement barrés et qu'on a tant aimés dans le Kingsman.

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Blade Runner 2049: Un mythe conforté

5 Octobre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Cinéma

Blade Runner 2049 n’est pas que la suite de Blade Runner. Pour prendre une analogie musicale, il serait la fugue, et le Blade Runner original serait le prélude. Le prélude est une forme musicale courte, il est doux, et se caractérise par une forme rythmique ou mélodique qui revient plusieurs fois. La fugue au contraire se base avant tout sur le nombre de voix et la polyphonie que cela induit, le thème semble alors fuir d’une voix à l’autre. Les exemples les plus fameux de préludes et fugues sont issus du Clavier bien tempéré de Jean Sebastien Bach.

 

Dans ce recueil, il y a parfois des préludes et fugues que j’adore, d’autres où je n’aime que le prélude, et enfin d’autres ou je n’aime que la fugue. Il y en a aussi d’ailleurs que je n’aime pas. En ce qui concerne Blade Runner, je n’aime pas le prélude mais je dois dire que j’adore dores est déjà cette fugue qu’est Blade Runner 2049.

 

Je ne nie pas la dimension mythique de l’original, les jalons posés pour la science-fiction moderne. Toutefois, ce film a mal vieilli, et il y avait sommes toutes des choses à lui reprocher. Au contraire, Blade Runner 2049 est le film dont ma génération avait besoin.

 

Mais qu’est-ce que ce film ? Encore une histoire d’humains qui ont peur d’être dépassés par les machines qu’ils ont créé. Encore un policier qui doit « retirer » des Répliquants, encore une histoire d’amour paradoxale, encore du transhumanisme. Et pourtant, nulle redondance ici, une simple transformation, une véritable fugue, chaque thème ayant à tour de rôle la prééminence.

 

Histoire d’amour fascinante entre K et Joi. K le nouveau Blade Runner et Joi, son hologramme à tout faire mais malheureusement désincarné. L’incarnation, la dimension physique est pourtant quelque chose d’important dans une histoire d’amour entre humains même si les relations épistolaires existent. Mais ici, qu’est-ce que l’humanité ? Qu’est-ce que l’incarnation ? Ce que l’on peut toucher ou ce que l’on peut ressentir ? Blade Runner a cela d’intéressant que, contrairement à notre monde, l’humain ne possède pas le monopole de la conscience, des émotions et de l’amour. Alors si ces simples éléments qui différencient les hommes des autres créatures sont maintenant partagés, comment qualifier les interactions entre machines ? Entre hologrammes ?

 

Ce film est une longue réflexion et une longue contemplation philosophique. Il est servi par des prouesses visuelles, entre réalité et hologrammes. Des paysages d’un Las Vagas vétuste, saturé de poussière et de jaune à l’écran, à un simple arbre, miracle de la nature. D’un paysage enneigé à la couleur grise de la mégalopole de Los Angeles, comme un hommage à l’opus original. Ces voitures volantes sont toujours là, ces robots plus qu’humain aussi. Les frontières entre humains et répliquants sont d’ailleurs toujours plus floues. Mais paradoxalement, là ou dans le premier, on avait des robots qui ignoraient leur condition, ici, ils la connaissent mais se sentent toutefois humains. La question demeure toutefois à chaque apparition d’un personnage s’il s’agit d’un humain ou d’un répliquant. L’analogie Homme/Machine se traduit même entre le code de l’ADN basé sur quatre nucléotides (ATGC) et le code binaire de l’écriture numérique (0 ; 1).

 

Le casting est formidable, Ryan Gosling était fait pour ce rôle, Harrison Ford n’est plus à présenter. Jared Leto est très crédible en CEO augmenté. Robin Wright est géniale en cheffe de la police. Sylvia Hoeks est effrayante et touchante dans son rôle et enfin, Ana de Armas est enivrante.

 

La seule faute de goût est le placement de produit un peu douteux, Sony (pour Sony Picture Colombia) ça passe, mais faire voler un Blade Runner en Peugeot, est-ce sérieux ? Même si cela peut avoir du sens dans la manière dont les multinationales surexploitent la planète, déshumanisent. Enfin, la bande originale est formidable et c’est toujours bon d’entendre Pierre et le Loup de Prokofiev.

 

Suite, film hommage, fugue. Blade Runner 2049 conforte le mythe et s’impose immédiatement comme une référence et sans doute comme l’un des meilleurs films de 2017. Denis Villeneuve continue à me plaire après Sicario et Arrival.

 

 

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120 batements par minute: Radical

25 Août 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Cinéma, #Act up, #SIDA, #VIH

120 BPM est un film assez radical. Il est dans la lignée d'autres films au sujet de l'épidémie de VIH qui touche le monde depuis les années 1980. On pense spontanément à Philadelphia ou plus récemment à Dallas Buyers Club.

Dans ce genre de film, la particularité est que le virus est un personnage à part entière. Les choses tournent autour de lui et il vient prendre son tribut à la fin en règle générale. Tout est de savoir comment gérer cet aspect, notamment émotionnellement. Dans la gestion de la mort qui plane, personnifiée par le VIH, 120 BPM n'est pas aussi bon qu'il aurait pu ou du l'être. On ne prend pas le personnage de Sean suffisamment en empathie car, même s'il trône sur l'affiche, il n'est pas le sujet du film.

En revanche, le traitement de l'action d'Act up est assez passionnant, vif. Que ce soient les réunions hebdomadaires qui sont très animées, ou encore leurs missions radicales pour faire parler. Car oui, la radicalité est une nécessité lorsqu'on est malade et qu'il n'existe pas de traitement. On ressent une urgence de vivre, d'aimer, de baiser. Une urgence de secouer les pouvoirs publics, les laboratoires afin qu'ils trouvent une solution. Une urgence d'agir pour se sentir vivant. Une urgence de bouger avant que le SIDA n'apparaisse et qu'il emporte tout sur son passage.

Ainsi, le rythme du film et les choix de mise en scène retranscrivent de manière satisfaisante cette sensation d'urgence, ce besoin de vie. Des scènes d'amour à la lumière tamisée à l'explosion de couleurs de la Gay Pride, d'une sombre chambre d'hôpital à un plan sur le Seine rouge de sang, toutes ces images démontrent ce qui se passe, ce qu'il y a de beau, ce qu'il y a de laid, de bien, de difficile.

Dans une situation aussi précaire, on ne sait pas forcément comment agir au mieux, ainsi, les dissension au sein d'Act up sont des événements inévitables qui donnent lieu à de véritables joutes assez jubilatoires. Les dialogues sont prenant et il est parfois impossible de prendre parti. Comment pouvoir garder son calme dans une situation où la mort rôde ?

Néanmoins, rien de cela n'empêche nos personnages de vivre, de s'amuser, de jouir, et même si le virus rôde les soirs de fête, le combat continue, et ne s'arrêtera pas. Pour preuve, les progrès considérables réalisés depuis cette époque.

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Egon Schiele: Le miroir de l'art

19 Août 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Cinéma, #Allemand, #Peinture

Egon Schiele est un film tourné en langue allemande et c'est l'unique raison pour laquelle je suis allé le voir. En effet, peu de films allemands sortent en France de sorte que je ne suis pas regardant. Mais comme je l'ai toujours dit, le filtre est tellement fort qu'en règle générale, les films qui nous parviennent sont vraiment bons. Schiele ne déroge pas à cette règle.

Je trouvais d'ailleurs cela excitant de ne rien savoir du film avant de le voir. J'ai juste vu l'affiche en sortant du boulot, je me suis contenté de vérifier que c'était bien joué en allemand en regardant quelques secondes de la bande annonce et basta. Je savais juste qu'il s'agissait d'un peintre autrichien du début du 20ème siècle. Spontanément, j'ai pensé à Klimt, à la sécession viennoise et il est vrai qu'on en entend parler. On voit même Klimt dans le film et certaines scènes se déroulent pendant des expositions de la fameuse sécession que j'avais découverte lors d'une exposition sur le mythe Beethoven à la philharmonie ! Étonnant n'est-ce pas ?

Il ne s'agit pas d'un biopic à proprement parler qui revient sur toute la vie de cet artiste. C'est l'adaptation d'un livre paru sur sa vie. Ainsi, ce long métrage use de flashbacks qui permettent de reconstituer les fragments et de comprendre au fur et à mesure où en est cet homme lorsqu'on le trouve alité, En 1918, en pleine première guerre mondiale, rongé par la grippe espagnole. On nous dépeint un redoutable séducteur. Il séduit naturellement les femmes qui posent pour lui mais à mesure que le film avance, la séduction de Schile s'opère aussi sur le spectateur. Sa manière de vivre son art sans concession. La nature de sa peinture, son style. Et bien entendu, le petit parfum sulfurux de subversion et de scandale dans le fait de faire poser de très jeunes femmes, voire des enfants. Tout cela crée une sorte de magnétisme et il faut dire que le comédien qui joue Egon Schiele est très charismatique et très, très séduisant. Noah Saavedra signe une composition vraiment mémorable. Car on s'intéresse ici davantage à l'homme qu'à l'art ou à ses œuvres. En effet, on se rend rapidement compte que pour appréhender sa peinture, il faut l'appréhender lui. Les innombrables scènes où on le voit peindre, dessiner ont pour conséquence que à la fin, lorsqu'on voit ses dessins, on comprend tout, on n'a besoin d'aucune explication. Ce film nous fait connaître intimement ce peintre et c'est un tour de force.

Les moyens employés par le metteur en scène Dieter Berner sont très efficaces. Je suis encore tout boulversé par la maîtrise montrée ici. La fluidité des mouvements de la caméra, qui n'hésite jamais à prendre de la hauteur, à suivre ses personnages, à s'en rapprocher. Les cuts savamment distillés, le montage intelligent. Une merveilleuse photographie. Des plans qui renvoient directement à la peinture et enfin, ces jeux incessants avec les reflets, les miroirs. Un des premiers plans du film montre le reflet de Gerti Schiele sur la vitre d'un train. Puis tout au long du film, on aura droit aux différents modèles filmés dans le reflet d'un miroir, je ne compte plus ces plans tellement ils sont nombreux. Que révèle ce jeu ? Que révèlent ces reflets ? L'art ? L'homme ? La beauté ? Toutes ces choses à la fois.

La caméra parviendra toujours à montrer quelque chose de beau, que ce soit un plan sur la nature, la forêt, sur des femmes, sur des toiles. Une poésie irrésistible se dégage de l'ensemble grâce aussi notamment à une bande originale intelligemment utilisée. Une vraie pépite. En conclusion, Egon Schiele le peintre gagne à être découvert, et l'œuvre cinématographique gagne à être vue car elle a été faite par des gens qui sont définitivement des artistes au sujet peut être de l'artiste ultime qui a vraiment peu à envier à un Picasso.

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Baby Driver: Une romance contrariée

4 Août 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Cinéma

Je n'avais aucune intention d'aller voir Baby Driver au cinéma. Juste à cause du titre. Baby driver était pour moi un oxymore, un non sens qui me faisait penser à de la parodie. De plus, cette histoire me semblait bien trop similaire à celle du film Drive de Nicolas Winding Refn avec Rayan Gosling dans le rôle titre. A savoir un chauffeur taiseux qui assure la fuite avec efficacité à des braqueurs après que ces derniers aient commis leur forfait, et avec bien entendu une femme qu'il aime à un moment dans l'histoire.

Heureusement, un excellent bouche à oreille m'a conduit à reconsidérer ma position et je ne le regrette pas. Il s'agit ici sans doute d'un des meilleurs divertissements de cet été.

J'ai très rapidement été rassuré car ce film se distingue très nettement de Drive tout d'abord. Le pitch est simple. Baby est un chauffeur hyper efficace et il a la particularité de conduire en musique, avec une playlist très variée. Il souhaite néanmoins se ranger après être tombé amoureux de la sublime Déborah jouée par une excellente Lily James. Bien entendu, rien ne va se passer comme prévu et c'est là que le scénario du film, bien que parfois éculé, recèle tout de même de nombreuses surprises.

Le point fort de ce film, c'est son casting. Kevin Spacey excelle en gangster paternaliste mais impitoyable. Don Drapper aka Jon Hamm est très efficace en braqueur du dimanche, Eliza Gonzalez n'est pas qu'une plante dans le rôle de Darling, on ne présente plus Jamie Foxx qui sait toujours aussi bien jouer la folie et enfin, Shane (de Walking Dead), aka Jon Bernthal ne démérite pas dans son petit rôle. Mais la palme revient au héros, le fameux Baby incarné par un Ansel Elgort que je découvre et qui a une sacrée présence à l'écran. Son jeu passe beaucoup par le corps et il occupe bien l'espace, captive bien la caméra.

Dès son entrée en matière pendant le premier braquage, j'ai été séduit. Pendant qu'il attendait ses collègues, il écoutait sa musique tout en mimant les instruments et les paroles, une attitude qui est totalement concevable en plein braquage. Après cette séquence d'action introductive où l'on a droit à une course poursuite très tendue est admirablement bien réalisée, le réalisateur Edgar Wright nous offre un plan séquence de toute beauté afin de suivre Baby dans son quotidien en dehors du crime, tout en musique naturellement.

La musique est également un point fort de ce film et nourrit d'ailleurs de nombreux dialogues, notamment entre Baby et Deborah. De manière limpide, leur histoire d'amour transcende l'écran. Tout sonne tellement vrai qu'on tombe immédiatement amoureux de ces personnages comme dans toute comédie romantique qui se respecte. Mais cet amour est constamment contrarié par les événements et les autres personnages, ce qui ne le rend que plus beau. Malgré la légèreté de ce couple lorsqu'il est ensemble, on sent poindre tout de même une certaine profondeur et de la gravité dans quelques séquences. La complicité de ces deux comédiens était vraiment très agréable à suivre, et je décerne une mention très spéciale à Lily James. Je ne sais pas si c'est son air ingénu, mais je dois dire qu'elle ne m'a absolument pas laissé indifférent. Elle irradiait l'écran et donnait toute une gamme d'émotions dans plusieurs registres, avec une belle intensité.

La liste des sons utilisés dans ce film est interminable, cela va de Barry White à Queen. Et en effet, le mot Baby est souvent utilisé dans la chanson, de quoi donner plus de sens au titre de ce film qui peut faire fuir. Foncez voir Baby Driver, vous ne le regretterez pas.

Ps: En revanche, Sony s'est mangé un procès pour avoir utilisé la chanson T-Rex sans autorisation. C'est bien dommage, cette chanson était au centre d'un dialogue assez fun.

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Song To Song: Une symphonie sensorielle

30 Juillet 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Cinéma, #Mahler, #Malick

Avant de parler du film à proprement parler, il est indispensable d'introduire cette critique par une petite présentation de la Deuxième Symphonie de Gustav Mahler intitulée Résurrection. On en entend le scherzo à deux reprises pendant Song To Song et cela a un sens.

Ce scherzo, noté sur la partition In Ruhig fliessender Bewegung (dans un mouvement tranquille et coulant) s'inspire d'un Lied dans lequel Saint Antoine fait un prêche aux poissons qui ne comprennent rien et qui le regardent avec des yeux stupides. Mahler indique lui même que ce mouvement évoque un "monde déformé." Personnellement, j'y vois une sorte de bal avec des convives qui ne savent pas danser.

Lorsqu'on connait cette musique et qu'on l'entend à deux reprises dans ce film, on ne peut que mieux comprendre ce qui se passe à l'écran. Terrence Malick est au cinéma ce que Gustav Mahler est à la musique. Mahler voulait créer tout un monde à chaque fois qu'il composait une nouvelle symphonie. L'ambition de Malick est similaire lorsqu'il réalise un nouveau film. Mais cela a parfois pour résultat l'incompréhension du public. Song To Song, soit on déteste, soit on adore. Il ne peut pas y avoir de demi mesure. Ne venez pas chercher ici un scénario, une histoire cousue de fil blanc, vous ne les trouverez pas. En revanche, vous éveillerez vos sens, presque tous hormis l'odorat qui est encore la limite du cinéma. L'ouïe bien entendu avec cette musique enivrante qui ne se limite pas à Mahler. La vue avec des images sublimes que Malick fait défiler devant nous, en filmant souvent caméra à l'épaule, parfois en cadrant en biais, en laissant ses comédiens hors champ pour mieux nous laisser contempler la nature, souvent de l'eau d'ailleurs pour en revenir au prêche aux poissons. Le toucher également est à l'honneur, cela passe par les acteurs qui se touchent constamment, avec douceur, lenteur, sensualité. Enfin le goût, ce sont encore les acteurs qui se goûtent, qui goûtent la musique, la vie, l'amour.

Cette histoire n'est pas compliquée. On a un premier couple Fassbender Mara, puis survient Gosling qui séduit Mara, on entre dans une sorte de triangle amoureux un peu plus complexe. Puis Portman arrive et est séduite par Fassbender qui ne chôme pas. On voit bien comment les couples se font et se défont au milieu d'un songe élégiaque baigné de musique et de nature. Fassbender nous refait un peu le même rôle que dans Shame, il est une sorte d'ombre qui emporte les autres personnages dans le fond, un spectre néfaste. Gosling nous refait du La La Land, toujours aussi lumineux. Mara me rappelle son rôle dans Effets Secondaires. En revanche, Portman est inclassable en blonde bien que sublime dans son jeu. Impossible de douter que Malick ait vu tous ces acteurs dans certains de ces films avant de les recruter.

Dans la dissolution de ces couples, on contemple également la dissolution du cinéma qui devient réduit à sa portion congrue. Malick ne s'intéresse qu'aux sensations, qu'aux émotions. Il cadre souvent ses acteurs de près, ne les lâche pas quand il est sur eux avec des plans très serrés. Mais à contrario, il semble également les négliger, il fait venir Igy Pop pour cinq minutes, nous montre un Val Kilmer totalement fou, une Cate Blanchet distante mais chacun apporte quelque chose sans toutefois être indispensable. Il se passe quelque chose, il est parfois difficile de définir quoi mais il se passe quelque chose. Pendant deux heures, on ne s'ennuie pas, on est emporté par le flot de la poésie de Malick. Malick, Mahler, une syllabe de différence mais tellement en commun dans leur art respectif. Ma dernière expérience de Malick au cinéma était Le Nouveau Monde, titre prophétique pour ce réalisateur qui crée effectivement des mondes dans ses films.

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Buena Vista Social Club Adios: Le chant du cygne

29 Juillet 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Cinéma, #Cuba

Buena vista social club est sans doute l'un des albums les plus importants du XXème siècle. Il est issu d'une histoire incroyable et à connu un succès non moins incroyable notamment après la sortie d'un premier documentaire à son sujet en 1998.

 
Pour ma part, j'ai l'impression d'avoir toujours connu cette musique. Dès que j'en entends un extrait, il me semble qu'il s'agit de quelque chose de familier. Mais ce que j'ignorais, c'était les hommes et les femmes qui nous avaient transmis cela. Ce film nous le montre. J'avais pris conscience du caractère hors normes de cette histoire en lisant l'extrait d'un papier des inrocks.
 
À la base, il ne s'agissait pas de faire un album de musique cubaine mais le projet initial des producteurs étant tombé à l'eau, et le studio étant toujours disponible, c'est ainsi qu'est né Buena Vista social club avec des artistes ayant l'âge d'être grands parents. Ce succès mondial tardif de personnes ayant atteint un certain âge est un symbole fort. De nos jours, on veut tout, tout de suite. On veut être célèbre juste pour être célèbre. Cette célébrité n'est souvent accolée à aucun talent. On ne se laisse pas le temps de grandir. De se construire.
 
Buena vista social club est tout l'inverse. C'est le succès qui arrive à la fin de la vie et qui se perpétue même au delà de la mort. Cela nous enseigne que l'espoir n'est jamais perdu et qu'il n'est jamais trop tard pour se réaliser, pour réaliser ses rêves, réussir.
 
Comprendre ce miracle musical c'est aussi revenir sur près de six siècles d'histoire de Cuba. De l'arrivée des espagnols, à celle des esclaves africains. De l'émergence du conga et de la musique cubaine. La révolution Castriste qui a conduit à une isolation de l'île et par conséquent, à la faible diffusion de sa musique.
 
Mais dorénavant, nul Cubain ne sera plus célèbre que Ibrahim Ferrer, Compay Secundo ou encore Ruben Gonzales. Leur succès étant tardif, naturellement la question de la disparition de ces illustres personnages s'est posée dans le film. Elle est traitée avec sobriété et émotion et surtout en musique !
Ceux qui restent, notamment Omara, continuent à perpétuer le son, et à jouer dans le monde entier, notamment à la Maison Blanche devant Barack Obama. Comme quoi, les humains passent mais l'art reste.
 
Alors, même si la fameuse bougie que ces artistes chantent est parfois sur le point de s'éteindre, rien n'empêchera jamais de la raviver.

 

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