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Le blog de andika

Detroit: Une nuit en enfer

25 Octobre 2017 , Rédigé par andika

Detroit est un film étonnant. Étonnement tout d'abord devant cette séquence d'ouverture en dessin animé qui nous fait nous demander si nous ne nous sommes pas trompés de salle. Étonnement également quant à sa réalisation qui tend davantage vers le documentaire que la fiction tant l'usage des plans serrés sur les visages est utilisé. Étonnement surtout devant le drame humain qu'il dépeint.

On connait les Etats-Unis, l'histoire de ce pays, ses divisions, ses turpitudes, Trump. Mais se plonger devant une telle séquence permet de mieux comprendre les ressors de ce pays. Kathryn Bigelow nous offre un constat clinique sur la société américaine, sans concession. Mais plus que les images, ou les répliques des personnages, ce sont les paroles des chansons que l'on entend qui sont le plus éloquentes. On entendre à un moment un des personnages chanter "If I haven't got love, I've got nothing." Cette parole est un écho aux personnages de policier racistes. Mais elle est aussi un écho aux personnages de policiers soucieux de protéger la population et de secourir ses concitoyens comme le montre une scène magnifique où un policer secourt un jeune noir en le traitant simplement comme un humain. Sans l'amour, point d'humanité. Sans l'amour de son prochain, sans le reconnaitre comme étant son frère en humanité, qu'a t-on dans la vie si ce n'est du ressentiment et de la haine ?

Autre parole prophétique entendue dans une chanson lors du générique de fin, "It ain't fair." Car oui, Detroit est aussi l'histoire d'une grande injustice. Injustice niché dans une nuit d'hôtel au milieu de la violence et des humiliations. Injustice institutionnalisée devant la farce de justice où les droits civiques servent à assurer l'impunité des oppresseurs et nullement à protéger les opprimés.

Toutes les questions d'exclusion et d'inégalité sont liées. Il n'y a pas forcément une seule façon de les gérer, de les combattre. La compromission marche difficilement. La radicalité a des conséquences terribles. Alors que faire, comment résister, comment dénoncer lorsque les dés sont pipés ? Il semble que la réponse soit l'humanité, toute l'humanité, rien que l'humanité. Aimer inlassablement, malgré l'injustice, malgré la colère.

C'est la leçon de ce film, il convient de garder son humanité.

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Kingsman: Le cercle d'or, une suite sympathique

21 Octobre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Cinéma

Kingsman 2 est une suite sympathique. Même si l'effet de surprise du premier du nom n'est plus là, on prend encore beaucoup de plaisir devant ce film. On a encore les mêmes ingrédients, de la violence, de l'humour et des séquences d'action impressionnantes. Si dès l'ouverture, on semble être un peu dans la surenchère, le film prend le temps de se poser et de nous brosser une enquête intéressante sur ce fameux cercle d'or. Le scénario fait des choix radicaux qui peuvent surprendre mais qui semblent également se justifier. L'absence de surprise est aussi du à la promotion du film qui n'a pas fait de mystère du retour du personnage incarné par Colin Firth et c'est bien dommage. Toutefois, les nouveaux personnages amènent de la fraicheur, notamment celui joué par Julianne Moore atteint d'une douce folie assez spectaculaire. L'irruption des agents américains avec leur accent à couper est aussi une bonne trouvaille et c'est toujours un plaisir de voir Jeff Bridges, Pedro Pascal et Channing Tatum. Mark Strong et Halle Berry complètent bien le casting avec leurs rôles secondaires certes, mais ne manquant pas d'intérêt.

Néanmoins, passer en deuxième fait que c'est moins percutant. Pas de séquence aussi démente que celle dans l'église dans le premier. Moins de chocs, moins de jeu avec les codes mais simplement des messages méta pour ceux qui ont vu le premier film, dont un hilarant d'Elton John. Ce film est un peu plus sérieux, moins parodique, la seule référence semble justement être le premier.

Il y a même une certaine redondance dans la menace même si son traitement est ici encore plus cynique et réserve des séquences très drôles. Cela amène toutefois à s'interroger sur notre société sous couvert de film fun et léger. Ce film est quand même une bonne manière de passer le temps et ça fait tout de même plaisir de retrouver ces personnages totalement barrés et qu'on a tant aimés dans le Kingsman.

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Un Orchestre de Cleveland inconstant dans la 6ème de Mahler à la Philharmonie de Paris

18 Octobre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Concert, #Mahler, #Orchestre de Cleveland, #Classique, #Philharmonie

Pour ce concert, tout a commencé avec cette chronique de Christian Merlin sur France Musique. Et je me suis laissé convaincre par ses arguments, je n'aurais peut-être pas du...

Paris est sans doute la ville où la musique de Gustav Mahler est le plus jouée dans le monde de nos jours. C’est ainsi que la Symphonie n°6 en la mineur dite « Tragique » était de nouveau donnée ce lundi 16 octobre 2017 à la Philharmonie de Paris par l’Orchestre de Cleveland dirigé par Franz Welzer-Möst et ce, après les tentatives de l’orchestre de Paris en septembre de la même année et du LSO avec Rattle en janvier.

 

Dans un tel contexte, il est difficile de ne pas céder à la tentation de la comparaison et de ne pas être influencé par ce qui a pu déjà être entendu parfois très récemment.

 

Le maestro s’attaque à ce monument en prenant le taureau par les cornes en employant un tempo rapide fort à propos dans l’Allegro energico initial. L’ambiance est immédiatement étouffante, suffocante. Les cordes sont véloces, le son fluide et l’ensemble avance résolument même dans le thème d’Alma qui est censé être plus doux. Les pupitres se distinguent étonnement et donnent l’impression de tout entendre, notamment le célesta. Il se dégage une grande puissance de cet orchestre, qui se déchaine complètement dans les nombreux fortissimos que la partition offre. Même si tout ceci débute bien, l’inconstance de l’orchestre commence à poindre le bout de son nez. La fuite d’un percussionniste pour rejoindre la coulisse afin de jouer des cloches symbolise le début d’une sorte de délitement du son. L’intensité du début ne se maintient pas, la caisse claire porte bien mal son nom.

Ainsi, placer l’Adante en II dans ce contexte semble être rédhibitoire, malgré la douceur incroyable des cordes, un tempo bien adapté, un équilibre global satisfaisant, un hautbois solo sublime, un cor anglais magnifique, un cor solo soyeux, l’ensemble ne maintient pas le niveau d’excellence en avançant, de sorte qu’il est possible de parler d’inconstance. Tout cela manque simplement d’émotion et c’est dommage dans de telles pages.

Le Scherzo frappe quant à lui immédiatement par sa trop grande rapidité. Les cordes graves jouent trop fort et on perd malheureusement de vue tous les solistes. Le trio manque de cohérence et ne grince pas comme on pourrait s’y attendre chez Mahler. Sans doute à cause de clarinettes un peu quelconques. Nulle ironie, les instruments semblent avoir perdu de leur piquant en traversant l’Atlantique, à moins que ce ne soit l’usage dans les lointaines contrées d’Amérique. L’arythmie caractéristique de ce mouvement devient un simple désordre assez décevant dans l’exécution de l’orchestre.

Dans le Finale, on entend enfin les deux harpes qui semblaient un peu perdues au milieu de cet immense orchestre. Mais des choix de tempi malheureux gâchent l’ensemble. Toujours des problèmes pour entendre les solistes, et le seul à peu près valable de la soirée est le hautbois, le premier violon étant lui un peu à part, tellement ses solos sont mis en valeur. Les nuances ne sont pas maitrisées et on se rend compte à quel point il est difficile pour un orchestre de passage à la Philharmonie d’appréhender les particularités de cette salle. Les fortissimos sont devenus au fur et à mesure assez désagréables. Le fracas des coups de marteau ne faisant que troubler encore un peu plus l’oreille des spectateurs. Pour prendre une métaphore liée à la boxe anglaise, l’orchestre donnait certes des coups mais ces derniers n’étaient pas ajustés, et c’est bien dommage.

Ce concert peut se résumer en un mot, l’inconstance. La direction de Franz Welzer-Möst ne manque pas d’ambition, de bonnes idées. L’orchestre de Cleveland ne manque pas de qualité, lui qui semble encore jouer dans l’ombre de George Szell, mais malheureusement, à chaque bonne idée en succédait une moins bonne de sorte que l’impact global de la symphonie en a été un peu atténuée. Berg parlait pourtant de seule sixième en dépit de la Pastorale. Schoenberg parlait de symphonie parfaite. Theodore Adorno quant à lui en évoquant le Finale disait « Tout est mal qui finit mal. » C’est un peu ce qui s’est passé lors de cette soirée mais pas pour les bonnes raisons.

Alors je ne sais pas si ces musiciens étaient venus faire du tourisme à Paris et avaient du coup moins envie de travailler le soir, mais il faut dire que c'était nettement mieux avec l'Orchestre de Paris en septembre dernier.

 

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Dialogues insolites à Sceaux entre Freire, Labadie et le Philhar' de Radio France

16 Octobre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Concert, #Philar, #PhilharRF, #Philhar, #Nelson Freire, #Labadie, #Concerto, #Piano, #Mozart, #Haydn

Dimanche 15 octobre 2017, je retrouvai l'Orchestre Philharmonique de Radio France pour la deuxième fois du week-end après une soirée américaine la veille. Mais cette fois-ci, ce n'était pas à l'auditorium de la maison de la radio, mais aux Gémeaux, à Sceaux, en banlieue (chic), près de chez moi !

L'orchestre était pour l'occasion dirigé par Bernard Labadie dans un programme entre éclectisme et classicisme. Il y a tout d'abord eu le Chaos de Rebel, puis le concerto pour piano n°20 en ré mineur de Mozart interprété par le légendaire Nelson Freire, Moz’Art  de Alfred Schnittke et enfin la symphonie n°45 de Haydn intitulée Les Adieux.

Comme la veille, c'est au bar que ça se passait avant le concert mais cette fois-ci de façon beaucoup plus informelle. Puis il était temps d'entrer en salle, au tout premier rang, un peu sous la scène. C'est ainsi que le flûte solo a commencé à dialoguer avec les cordes et le clavecin dans le Chaos de Rebel. Un trémolo aux cordes apportant de la tension, un picolo venant amener un touche de dissonance, une écoute mutuelle des musiciens, des bois stridents, pas de doute, le chaos portait bien son nom.

Le temps d'installer le piano et d'accueillir Nelson Freire que le concerto commençait déjà avec ce thème en ré mineur énoncé aux cordes. Tout cela était très pianissimo au début, le tempo était assez lent puis gagnait en intensité. Mais lorsque le piano est entré en jeu, le temps s'est arrêté, Nelson Freire a une précision et une clarté presque jamais vues. L'orchestre le suivait tranquillement et la musique coulait de source. Nous étions quant à nous replongé dans les souvenir du film Amadeus lorsque nous avions découverts cette œuvre, ou encore, nous avons pensé à Gulda. Les cordes basses étaient vraiment excellentes mais toutefois, la salle présentait quelques problèmes d'acoustique, notamment pour le son des instruments à vent qui ne parvenait pas bien au premier rang situé sous la scène. Cela change de la maison de la radio ! La cadence jouée par Freire était expressionniste, celle de Carl Reinecke que nous ne connaissions pas. Puis vint la fameuse Romanza... Un équilibre parfait, la timidité de l'orchestre perçue dans le I était ici une qualité, la passage en mineur était très phrasé, séquencé, clinique, scientifique, les bois était discrets mais nous étions tellement près du piano. Nous avons entendu ensuite toute la vivacité du monde dans le Rondo final. Le chef imprimant une très grande tension dans les cordes. Le jeu de questions réponses était vigoureux et la cadence du soliste vraiment exceptionnelle et le basson se faisait enfin entendre. Quel merveilleux moment. Le bis était de nouveau un instant de féérie, il s'agissait de La Plainte d'Orphée de Gluck arrangée pour piano par Sgambati selon Alain Lompech.

Puis succéda le grand moment d'humour avec Moz'Art et le lancer de Canard (enchaîné) sur les spectateurs du premiers rang. Les deux violonistes en plus de la performance instrumentale devaient assurer une performance scénique assez physique qui mettait à l'épreuve leurs talents de comédien. Un grand bravo aux violonistes Rachel Givelet et David Haroutunian.

Et enfin, le moment des adieux avec cette symphonie assez poignante de Haydn. Les cordes étaient très dynamiques dans le I puis se calmaient dans le deuxième thème. Un ami disait que Haydn était toujours sympathique au début mais avait tendance à devenir ennuyeux, cela ne se confirme pas dans cette partition. L'orchestre était très réactif et flexible dans l'Adante, et cela évoquait même la 40ème de Mozart. Et enfin, dans le Presto final, voir les musiciens partir un à un était encore un moment très insolite. Cela a commencé par le Cor, puis les clarinettes, basson, hautbois, intermède avec un solo de contrebasse suivi par la fuite de nombreuses cordes. Cela évoquait une Battle Royale et nous nous demandions qui allait rester en dernier. Pas le chef, qui a fui après les cordes pour laisser un drôle de quintette. Les heureuses élues étaient le premier violon solo et la cheffe d'attaque. Un très beau moment, un très beau concert.

Je pourrai dire que j'ai vu et entendu Nelson Freire au moins une fois dans ma vie. Ca fait plaisir sachant que c'est un peu mon homonyme et que je lui ai fait gagner la tribune en juin !

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Une soirée en Amérique avec l'Orchestre Philharmonique de Radio France

15 Octobre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Concert, #Philar, #Philhar, #Maison de la radio, #PhilharRF, #Piazzolla, #Ginastera, #Copland, #Nico Muhly

Samedi 14 octobre 2017 avait lieu à l'auditorium de la Maison de la Radio un concert de l'Orchestre Philharmonique de Radio France, dirigé par Christian Marcelaru, avec un programme résolument Américain. Les Quatre Saisons de Piazzolla, et le concerto pour harpe de Ginastera pour l'Amérique du Sud. Mixed Messages de Nico Muhly (création française) et la symphonie avec orgue de Copland pour l'Amérique du Nord. De quoi faire de belles retrouvailles avec le Philhar après l'Eroica en début d'année !

Programme assez novateur qui sort un peu de ce que j'ai l'habitude d'entendre mais au final, cela a donné 100% de belles découvertes. Que ce soit du contemporain comme Muhly dont la pièce date de 2015 ou du plus ancien comme Copland qui m'a juste fasciné. Piazzolla, je connaissais depuis le collège, avec notamment Liber Tango, La Milonga Del Angel, La Muerte del Angel, Adios Nonino ou encore Fuga y Mysterio. Ginastera, j'en avais entendu parler dans la boîte à musique de Zygel. Copland, je l'ai découvert très récemment grâce à une superbe chronique de Christophe Chassol !

 

Je crois que si je me laisse pousser les cheveux, je peux me faire passer pour lui.

Avant le concert était organisé un apéro avec Judith Chaine, productrice à France Musique, ainsi que des musiciens du Philhar qui sont venus nous parler musique et même jouer un peu. Le Maestro Christian Marcelaru nous a même gratifié de sa présence, c'était un moment très sympathique. Nous avons pu entendre notamment Oblivion de Piazzolla joué dans un arrangement pour violon, violoncelle et contrebasse.

Mais point de chef pour débuter ce programme avec des extraits des 4 saisons de Piazolla, dans une version de Leonid Desyatnikov. L'orchestration singe celle des 4 saisons de Vivaldi, à savoir un orchestre de cordes et un violon solo (et une petite citation à la fin), qui n'était autre que Hélène Collerette, une des 1er violons solos du Philhar'. Elle était fabuleuse, tandis que les cordes graves étaient très incisives et marquaient bien le rythme dans le I, le printemps. Dans le II, les cordes étaient exploitées à fond, et faisaient toutes sortes de sons, utilisées notamment comme des percussions, et des choses vraiment étonnantes. Les contrechants étaient à tomber, on était vraiment dans du Piazzolla en entendant cet hiver.

Le Maestro a ensuite fait son entrée accompagné de Marie-Pierre Langlamet, harpiste soliste, qui est aussi harpe solo aux Berliner Philharmoniker et qui a la particularité de jouer pieds nus ! Le son de la harpe était amplifié et on a par conséquent pu vraiment en profiter. Dès le début du I, Allegro guisto, on sent que ça pulse, tout cela part sur un rythme très dansant. C'est inspiré du malambo, danse argentine déhanchée à 6/8. L’orchestration est chatoyante mais l'ensemble est vraiment très précis, le bras du chef sans doute. Dans le II (Molto moderato), c'est assez lent, apaisé, les bois brillent et dialoguent utilement avec la harpe, qui se signale par ailleurs avec une cadence magnifique. Enfin le III (Liberamente Vivace) se distinguait immédiatement par les percussions. Il était de nouveau très dansant et offrait de belles dynamiques. Le phrasé de l'orchestre était merveilleux, et le fondu parfait tandis que la harpe tenait le choc et parvenait à se faire entendre. La soliste avait également un sacré jeu de jambe avec les pédales. Une très belle œuvre. Et son bis était encore plus beau et nous a fait découvrir une polyphonie insoupçonnée sur cet instrument.

Après l'entracte, l'effectif du Philhar' a augmenté substantiellement pour jouer la partition de Muhly qui a la particularité d'être né en 1981 ! Le programme parlait de minimalisme, de Glass mais pas du tout ! Dès le début, on sent une grande tension dans les cordes, avec un ostinato en tremolo du plus bel effet. Les cuivres sont mis en avant et on sent l'orchestre beaucoup plus puissant. Les percussions sont très, très variées, encore pire que chez Mahler, c'est dire. Le phrasé est assez sec et haché, tout cela est saisissant. Puis soudain, un solo de violon qui se distingue, un cor anglais qui éclipse tous les autres instruments... Un merveilleux morceau.

Déjà le dernier morceau avec cette symphonie avec orgue de Copland. L'organiste David Cassan était également présent à l'apéro d'avant concert, il nous a expliqué le décalage qu'il existe avec les orgues électroniques. Le son sort avec un peu de retard lorsqu'il appuie sur une touche, ce qui fait que pour se caler sur le temps de l'orchestre, ça peut parfois être compliqué. Et pourtant, la magie a opéré, il n'y a eu aucun décalage, aucun souci de retard, aucun problème rythmique. Le I  (Prelude - Adante) de la symphonie débute tout en douceur avec l'alto, l'orgue entre tout doucement en duo avec la harpe. Il utilise des registrations assez timides qui le rapprochent un peu de la flûte. D'ailleurs, le son de l'orgue est tellement polymorphe qu'il peut imiter à lui seul de nombreux instruments de l'orchestre. Chaque son un peu inhabituel lui était du, c'était assez insolite. On constate la qualité de la circulation du son, des solos et surtout, la douceur de cette musique. Tout change dans le II (Scherzo Allegro Molto) avec un rythme très, très marqué et une puissance impressionnante de l'orchestre, dans des fortissimo presque assourdissants. Une fois de plus, l'orgue amène un peu de confusion pour l'oreille non habituée tant son son est riche. Le III (Lento - Allegro moderato) se distingue immédiatement par l'irruption des trombones qui semblent faire un match avec l'orgue. Tout cela est massif. Les registrations de l'orgue offraient enfin son plein et entier potentiel en allant dans des graves très impressionnants. En un mot, ce mouvement est puisant. Avec une incroyable intensité et en même temps, c'est très précis, contrôlé, le bras du chef encore. Il y a un véritable fracas de percussions et d'orgue dans la coda, aidés en cela par le trombone et le tuba, on en sort essoré, sans voix. Un triomphe.

Le concert sera diffusé sur France Musique le 7 décembre 2017 à 20h et sera ensuite disponible à l'écoute sur leur site.

 

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La rentrée du PSPBB

14 Octobre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Concert, #PSPBB, #Conservatoire

Vendredi 13 octobre 2017, j'ai assisté à un concert au Conservatoire à rayonnement régional de Boulogne Billancourt. Il s'agissait du concert d'ouverture de la saison du PSPBB à savoir le pole supérieur d'enseignement artistique Paris Boulogne Billancourt.

Contrairement à mes habitudes, j'ai donc assisté à un concert d'étudiants et ma foi, aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années. J'étais déjà fan de l'OSCO, et je continue à apprécier de sortir des sentiers battus dans mes pérégrinations orchestrales.

Le concert a débuté avec l' Ouverture de l’opéra Der Freischütz, opus 77 de Carl Maria von Weber. L'orchestre était dirigé soit par  Paul Coispeau soit par Benoît Graindorge, le programme n'étant pas très clair à ce sujet. L'orchestre a eu un peu de mal à se mettre en route, avec notamment des problèmes de tuilage au niveau des cors et même un petit canard. Le chef phrasait énormément, les phrases étaient très articulées, entourée de nombreux silences de sorte qu'on entendait chaque instrument. Les pupitres se démarquaient, notamment les très belles cordes. Les tuttis étaient très impressionnants.

Camilla Rossetti a près le relai afin de diriger l' Ouverture Die Hebriden, opus 26 de Félix Mendelssohn-Bartholdy. On a immédiatement senti une grande différence, tout d'abord dans la nature de la partition mais également dans le comportement de l'orchestre. L'air étant plus connu, cela permettait d'en profiter davantage. La cohésion de l'orchestre était bien meilleure, et la cheffe apportait un grand soin à aux nuances, de sorte qu'un grand équilibre se dégageait de l'orchestre, notamment dans le jeu de question réponse entre les cordes et les vents.

Après cela, le soufflet est un peu retomber avec Richard Wagner, et son Siegfried-Idyll dans lequel un de nos deux chefs masculins avait repris la baguette. Le début trainait un peu mais le son gagnait en ampleur au fur et à mesure. Les cors étaient toujours problématique (surtout un soliste). Toutefois, le hautbois solo est à souligner. Nous avons eu affaire à une hautboïste fantastique qui a égayé ce concert.

Enfin, Marion Ladrette a récupéré la Baguette dans les Kindertotenlieder de Gustav Mahler (même si le premier a été dirigé par un de ses collègues masculins, le même que dans Weber).

J'aurai du mal à être objectif en ce qui concerne Marion mais je peux affirmer sans trop de risque de me tromper qu'il faut retenir son nom, car c'est une sacrée cheffe ! C'est aussi, soit dit en passant, une ancienne camarade de classe au lycée. La voir diriger du Mahler était un enchantement pour moi même si je ne suis pas très friand des Kindertotenlieder. Ce concert m'a réconcilié avec ces chants pour les enfants morts.

L'orchestre est beaucoup plus fourni et on ajoute à cela deux chanteuses, une soprano et une alto. L'alto était impressionnante, dans la diction, dans le souffle et aussi dans la présence scénique là où la soprano était souvent recouverte par l'orchestre. Sa voix ne se projetait pas bien alors que l’auditorium n'était pas si vaste.

La direction de la cheffe était douce, subtile, équilibrée et mettait bien en valeur l'orchestration de Mahler. Le hautbois solo et le cor anglais m'ont enchanté, le son de l'orchestre commençait vraiment à se rapprocher de celui d'un orchestre professionnel très aguerri. Le tour de chauffe était fini et ils ont délivré une superbe performance. J'ai vraiment découvert la beauté de ces pièces que j'écoutais de manière dissipée avant. Un bien beau concert.

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Nuit blanche 2017

9 Octobre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Philharmonie, #Concert, #Nuit Blanche

Une fois n'est pas coutume, j'ai de nouveau assisté à la nuit blanche cette année après une soirée mémorable en 2016. Je commence à prendre goût à cet événement.

Je n'ai pas innové cette année, je suis de nouveau allé à la Philharmonie de Paris où se tenaient plusieurs événements. Mais contrairement à l'année dernière, je n'ai pas fait autre chose avant, si ce n'est trouver un pub qui avait bien l'obligeance de diffuser le match Bulgarie-France comptant pour les éliminatoires de la coupe du monde 2018.

L'expérience de cette année à la philharmonie était bien différente de la précédente. D'une part, il y avait beaucoup plus de monde, ce lieu devient très mainstream, d'autre part, j'ai beaucoup moins aimé le public. Il y a peut-être un lien entre les deux.

De plus, la performance musicale dans la Grande Salle Pierre Boulez, siège de la nuit minimaliste, était moins impressionnante que celle de l'année dernière. En effet, cette année, trois musiciens ont animé cette nuit blanche. Lubomyr Melnyk et Bruce Brubaker au piano. James McVinnie à l'orgue. Alors que l'année dernière, seul Nicolas Horvath a joué pendant toute la nuit, beaucoup plus impressionnant.

Arrivé vers 1h30 du matin, j'ai eu à entendre les trois musiciens. L'intérêt de cette nuit minimaliste, c'est que cette fois-ci, on ne se limitait pas à Philip Glass comme l'année dernière. Melnyk m'a fasciné, il jouait sa propre musique et c'était une belle découverte. Brubaker était sans doute meilleur pianiste encore que, j'ai du mal à discerner les mérites de chacun dans le minimalisme. Mais le meilleur moment, c'était clairement l'orgue et McVinnie, qui est venu conclure la soirée à partir de 4h du matin et réveiller peu à peu ceux qui s'étaient endormis. Profiter de l'orgue de la Phlharmonie est un plaisir dont on ne se lasse pas, même dans du Glass. C'était vraiment impressionnant. Et à pareille heure, cela a vraiment un certain charme. Toutefois, au bout de la deuxième fois, la surprise et la sidération disapraissent. L'habitude quant à elle survient. Mais ceux qui l'ont vécu pour la première fois ont du ressentir quelque chose de pas banal.

Vive la nuit blanche !

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Blade Runner 2049: Un mythe conforté

5 Octobre 2017 , Rédigé par andika Publié dans #Cinéma

Blade Runner 2049 n’est pas que la suite de Blade Runner. Pour prendre une analogie musicale, il serait la fugue, et le Blade Runner original serait le prélude. Le prélude est une forme musicale courte, il est doux, et se caractérise par une forme rythmique ou mélodique qui revient plusieurs fois. La fugue au contraire se base avant tout sur le nombre de voix et la polyphonie que cela induit, le thème semble alors fuir d’une voix à l’autre. Les exemples les plus fameux de préludes et fugues sont issus du Clavier bien tempéré de Jean Sebastien Bach.

 

Dans ce recueil, il y a parfois des préludes et fugues que j’adore, d’autres où je n’aime que le prélude, et enfin d’autres ou je n’aime que la fugue. Il y en a aussi d’ailleurs que je n’aime pas. En ce qui concerne Blade Runner, je n’aime pas le prélude mais je dois dire que j’adore dores est déjà cette fugue qu’est Blade Runner 2049.

 

Je ne nie pas la dimension mythique de l’original, les jalons posés pour la science-fiction moderne. Toutefois, ce film a mal vieilli, et il y avait sommes toutes des choses à lui reprocher. Au contraire, Blade Runner 2049 est le film dont ma génération avait besoin.

 

Mais qu’est-ce que ce film ? Encore une histoire d’humains qui ont peur d’être dépassés par les machines qu’ils ont créé. Encore un policier qui doit « retirer » des Répliquants, encore une histoire d’amour paradoxale, encore du transhumanisme. Et pourtant, nulle redondance ici, une simple transformation, une véritable fugue, chaque thème ayant à tour de rôle la prééminence.

 

Histoire d’amour fascinante entre K et Joi. K le nouveau Blade Runner et Joi, son hologramme à tout faire mais malheureusement désincarné. L’incarnation, la dimension physique est pourtant quelque chose d’important dans une histoire d’amour entre humains même si les relations épistolaires existent. Mais ici, qu’est-ce que l’humanité ? Qu’est-ce que l’incarnation ? Ce que l’on peut toucher ou ce que l’on peut ressentir ? Blade Runner a cela d’intéressant que, contrairement à notre monde, l’humain ne possède pas le monopole de la conscience, des émotions et de l’amour. Alors si ces simples éléments qui différencient les hommes des autres créatures sont maintenant partagés, comment qualifier les interactions entre machines ? Entre hologrammes ?

 

Ce film est une longue réflexion et une longue contemplation philosophique. Il est servi par des prouesses visuelles, entre réalité et hologrammes. Des paysages d’un Las Vagas vétuste, saturé de poussière et de jaune à l’écran, à un simple arbre, miracle de la nature. D’un paysage enneigé à la couleur grise de la mégalopole de Los Angeles, comme un hommage à l’opus original. Ces voitures volantes sont toujours là, ces robots plus qu’humain aussi. Les frontières entre humains et répliquants sont d’ailleurs toujours plus floues. Mais paradoxalement, là ou dans le premier, on avait des robots qui ignoraient leur condition, ici, ils la connaissent mais se sentent toutefois humains. La question demeure toutefois à chaque apparition d’un personnage s’il s’agit d’un humain ou d’un répliquant. L’analogie Homme/Machine se traduit même entre le code de l’ADN basé sur quatre nucléotides (ATGC) et le code binaire de l’écriture numérique (0 ; 1).

 

Le casting est formidable, Ryan Gosling était fait pour ce rôle, Harrison Ford n’est plus à présenter. Jared Leto est très crédible en CEO augmenté. Robin Wright est géniale en cheffe de la police. Sylvia Hoeks est effrayante et touchante dans son rôle et enfin, Ana de Armas est enivrante.

 

La seule faute de goût est le placement de produit un peu douteux, Sony (pour Sony Picture Colombia) ça passe, mais faire voler un Blade Runner en Peugeot, est-ce sérieux ? Même si cela peut avoir du sens dans la manière dont les multinationales surexploitent la planète, déshumanisent. Enfin, la bande originale est formidable et c’est toujours bon d’entendre Pierre et le Loup de Prokofiev.

 

Suite, film hommage, fugue. Blade Runner 2049 conforte le mythe et s’impose immédiatement comme une référence et sans doute comme l’un des meilleurs films de 2017. Denis Villeneuve continue à me plaire après Sicario et Arrival.

 

 

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